UNE EXIGENCE DE L'HISTOIRE :
LA JOURNEE NATIONALE DE LA RESISTANCE,
LE 27 MAI

En 2006, le 18 juin a été institué "Journée nationale commémorative de l'appel historique du Général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l'ennemi".
L'ANACR, qui avait inscrit au fronton de son congrès tenu à Grenoble en novembre 2004 : "DEUX DATES D'HONNEUR DE LA FRANCE, LE 18 JUIN ET 27 MAI", s'est alors réjouie pleinement de voir ainsi honorée la date commémorative de l'historique "Appel du 18 juin".
Appel qui, refusant la défaite et exhortant à poursuivre la lutte contre l'ennemi, permit à la France de rester, dès l'été 1940, présente parmi les nations combattant le nazisme et, grâce aux sacrifices des Français Libres, de l'Armée d'Italie et de la 1ére Armée française ayant intégré en son sein les unités FFI, de figurer cinq ans plus tard parmi les vainqueurs le 8 mai 1945.
Appel qui donna aussi naissance en France occupée à des mouvements gaullistes de Résistance qu'avec d'autres, et les partis et syndicats clandestins, Jean Moulin unifia, le 27 mai 1943, au sein du Conseil National de la Résistance, rassemblant ainsi, à la demande du Général de Gaulle, l'ensemble des forces de ce que l'Histoire appellera désormais "La Résistance".
Pendant de très nombreuses années, l'ANACR a aussi demandé que, à la date anniversaire de la création du CNR le 27 mai 1943, une "Journée Nationale de la Résistance" rende chaque année hommage au soulèvement, sur le sol de la France occupée, en nombre chaque mois plus nombreux tout au long de l'Occupation jusqu'à l'insurrection nationale de l'été 1944, de Françaises et Français bravant tout à la fois les forces militaires et policières de l'ennemi mais aussi l'appareil répressif du régime félon de Pétain, rendant hommage aux Résistantes et Résistants, rendant hommage à la Résistance.
Notre demande - il faut le dire, parce que c'est un constat - suscita pendant plus de de deux décennies de la part des Pouvoirs Publics - quelle que soit la majorité en charge des Affaires - une succession de réponses dilatoires diverses, s'appuyant hélas sur des réserves - voire pire, l'hostilité - d'Associations que nous aurions pu légitimement penser trouver tout naturellement à nos côtés dans cette bataille pour faire que l'engagement dans la lutte patriotique de centaine de milliers de Résistants et le sacrifice de dizaines de milliers d'entre eux, soient, de manière spécifique, ancrés dans la mémoire nationale et montrés en exemple aux générations présentes et futures, par une "Journée Nationale de la Résistance".
Certaines des réserves émanaient de nos camarades Français Libres. Ils craignaient, alors que le 18 juin n'avait pas ce statut de Journée Nationale, que l'instauration d'une Journée Nationale de la Résistance le 27 mai escamote dans la mémoire leur propre engagement, l'importance de leur combat et de leurs sacrifices, ils pouvaient penser - d'autant que de bonnes âmes suscitaient ou confortaient cette crainte - qu'il y avait un risque de relativisation de la portée historique de l'acte fondateur que fut l'"Appel du 18 juin".
Ces réserves et craintes de nos camarades Français Libres étaient sinon fondées du moins légitimes, et profondément respectables. Nous nous sommes attachés à lever toute ambiguïté et à dissiper tout malentendu. Et à cet égard, le congrès de l'ANACR à Grenoble en novembre 2004 fut une étape décisive. Loin d'opposer - nous avons laissé cette aberration à d'autres - le 18 juin et le 27 mai, nous les avons associés dans une même démarche, une même demande mémorielle, parce que l'Histoire a associé ces deux dates que nous avons dit être d'"honneur de la France".
En juin 1940, alors même que, en se repliant sur ce qu'on appelait alors l'Empire, où la France disposait de forces militaires non négligeables et de ressources précieuses, et que des possibilités existaient de continuer le combat aux côtés de l'Angleterre contre l'agresseur nazi même en cas d'occupation totale du territoire métropolitain, le Gouvernement, nouvellement dirigé par Pétain, choisit la capitulation de fait baptisée armistice ; armistice qui était en lui-même une trahison et, de toute manière, le premier pas vers cette ignominie que fut la politique de collaboration.

L'HISTORIQUE
"APPEL DU 18 JUIN"

C'est ce constat des possibilités restant à la France de continuer la lutte que fit le Général de Gaulle le 18 juin 1940 lorsqu'il déclara : "la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des Etats-Unis.
"Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale (…)
"Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
"Quoi qu'il arrive, la flamme de la Résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas."
Et la flamme de la Résistance française ne s'est pas éteinte, elle brilla dès l'été 1940 en Angleterre où, par le ralliement de militaires ou civils français présents sur le sol britannique ou qui s'y rendirent, se constituèrent les Forces Française Libres, dans lesquelles s'engagèrent aussi des Français de l'étranger, des échappés de France et des territoires coloniaux restés sous le contrôle du régime de Vichy, elle brilla au Tchad, elle brilla à Koufra le 1er mars 1941 lorsque Leclerc y prononça son célèbre serment, elle brilla en mai-juin 1942 à Bir-Hakeim où les troupes commandées par Koenig se couvrirent de gloire, elle brilla au printemps 1944 en Italie à Monte-Cassino avec le Corps Expéditionnaire Français commandé par Juin, elle brilla sur le Front Est, portée par les exploits de l'escadrille Normandie-Niemen, elle brilla avec le commando Kieffer, qui prit part au débarquement du 6 juin, avec la 2ème DB débarquée le 1er août 1944 et qui, après de durs combats en Normandie, apporta trois semaines plus tard un concours précieux à la Libération de Paris, elle brilla avec l'Armée commandée par de Lattre débarquant en Provence le 15 août 1944.
Mais, il serait réducteur de ne voir dans l'"Appel du 18 juin" que sa dimension militaire, il fut aussi et surtout l'affirmation essentielle, aux côtés et parfois face à nos alliés, de la permanence - au-delà des reniements et de l'avilissement vichystes - de la "France éternelle", pour reprendre ces termes du magnifique discours que prononça le Général de Gaulle le 25 août 1944 dans Paris "libéré, libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l'appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle."
C'est dire que l'A.N.A.C.R. ne pouvait avoir la moindre réticence à l'égard du 18 juin, qu'il était impensable que nous puissions en avoir une. Et nous pouvons assurer nos Camarades Français Libres que nous serons toujours à leurs côtés pour que soit soulignée cette portée historique pour la France de l'"Appel du 18 juin", pour que ne soient pas oubliés ou relativisés leurs combats et sacrifices.


SUR LE SOL DE FRANCE,
LA LUTTE CONTRE L'OCCUPATION NAZIE

Pour la même raison, parce que c'est l'honneur de notre peuple, parce que ces pages de gloire de la France ont été écrites avec le sang de dizaines de milliers de femmes et d'hommes arrêtés, torturés, fusillés, déportés par les nazis avec le concours de l'appareil pétainiste de répression, parce que des centaines de milliers d'autres ont alors risqué leur vie pour la Liberté de notre pays et celle de son peuple, parce que souvent leurs proches se trouvaient par là même être la cible de la répression ou mis en danger, nous ne pouvions accepter non plus que ce combat et ces sacrifices soient oubliés et escamotés, que leur portée soit minimisée.
Et parce qu'aussi la réalité historique a indissolublement lié les deux dates du 18 juin et du 27 mai, dont l'association permit au Général de Gaulle, non pas seulement en tant que Chef de la France Libre mais en tant que celui du Gouvernement Provisoire de la République Française, de prononcer ces paroles émouvantes dans Paris libéré que nous avons citées.
L'association de ces deux dates résulta tout à la fois de la réalité du combat sur le sol national contre l'occupant et ses complices, de la lucide prise en compte de cette réalité par le Général de Gaulle d'où découla la mission qu'il confia à Jean Moulin, et du choix décisif fait par la Résistance, rassemblée dans toutes ses composantes le 27 mai 1943, de se placer sous l'autorité du Général de Gaulle.
La Résistance à l'envahisseur sur le sol national de civils patriotes et antifascistes avait commencé quasiment aux premières heures de l'invasion et de l'occupation nazie, dès la publication, le 10 mai 1940, d'une "Ordonnance… du Commandant en Chef" de la Wehrmacht ("Verordnung…der Oberbefelshaber des Heeres") annonçant - par voie d'affiche bilingue - "l'introduction du droit pénal allemand et des prescriptions pénales dans les territoires occupés de la France", "droit" pénal réprimant notamment la liberté de la presse, l'écoute de postes de radio hostiles à l'Allemagne, les actes hostiles, etc.
Et les conséquences répressives de la mise en place de cette législation nazie se firent sentir dès les premiers jours et les premières semaines de l'occupation d'une partie grandissante du territoire national, face à la Résistance à l'envahisseur de civils français qui prêtent parfois main forte aux soldats français, qui leur permettent d'échapper à la captivité, voire qui prennent part eux-mêmes à la lutte ou sabotent les lignes de communication de l'ennemi.
Le 12 mai 1940, Eugène Andrieux, un cultivateur de Machault (Ardennes), abattit un aviateur allemand sauté en parachute, ce qui lui vaudra d'être fusillé un an plus tard. Le 23 mai 1940, à Étrun (Pas-de-Calais), en représailles - selon l'envahisseur - de la mise à mal de deux soldats allemands par la population, 23 civils furent exécutés et leurs corps brûlés au Pont de Gy, 5 autres dont deux femmes, Florentine Lemaître et Elodie Ysard, l'étant devant le n°22 de l'actuelle rue François-Lemaître, qui porte le nom d'une des victimes. Le 28 mai, 80 civils sont fusillés à Oignies (Pas-de-Calais) en représailles de la participation des habitants de la cité à la défense héroïque sur le pont de la Batterie.
Arrivés en Région parisienne, les Allemands, accusant la population civile de Villepinte d'avoir participé aux combats leur ayant coûté 9 tués, vont fusiller 10 otages le 14 juin au matin près du bois Saint-Denis avant d'en exécuter 4 autres peu après, la coupure dans la nuit du 14 au 15 juin à Saint-Denis d'un câble téléphonique de la Wehrmacht entraîna la prise en otages de 30 civils par les Allemands, qui informent alors que tout nouveau sabotage sera puni de mort et qu'il entraînera l'exécution des otages, à Tremblay-Lès-Gonesse, le 14 juin, 14 otages civils furent fusillés…
Emblématique de cet esprit de Résistance et passé à l'Histoire, fut, le 17 juin 1940, le refus du Préfet d'Eure-et-Loir, Jean Moulin, de déférer aux exigences allemandes lui enjoignant de signer un document accusant faussement des soldats sénégalais de l'Armée française de massacre de civils, refus le conduisant à tenter de se suicider dans la nuit du 17 au 18 juin afin de ne pas risquer de céder à l'accentuation de la brutalité physique déjà employée à son égard. Hospitalisé dans un état grave, Jean Moulin ne put, comme la plupart des Français, entendre l'Appel que lança le 18 juin depuis Londres le Général de Gaulle.
C'est qu'en juin 1940, dans la France de l'exode sur les routes conduisant vers le Sud et alors que le transistor n'existait pas, l'"Appel du 18 juin" ne pouvait être que peu entendu, n'étant de plus diffusé que sur les seules ondes de la BBC, peu écoutée alors. Toutefois, quelques journaux du sud non envahi de la France - tel le Petit Marseillais - le publièrent le lendemain ou en firent un écho, mais d'évidence aucun lecteur ne pouvait alors en mesurer toute la portée historique.

UNE NAISSANCE PLURIELLE

Si certaines des premières structures clandestines de Résistance en formation vont se référer dès la fin de l'été 1940 à l'"Appel du 18 juin", d'autres, naissant notamment par le passage forcé à la clandestinité de nombreuses structures politiques, syndicales ou associatives interdites et pourchassées par l'occupant et le régime de Vichy, ou bien encore - nous l'avons vu - de la révolte personnelle, dès le début de l'Occupation, de patriotes, démocrates et républicains face à l'assassinat de la République, à la profanation de la Patrie, à la négation de ses valeurs, à la trahison ou veulerie des élites, puisent dans d'autres sources que l'"Appel du 18 juin" les raisons de leur engagement dans la lutte.
Prétendre le contraire procéderait d'une falsification de l'histoire, qui de plus rendrait incompréhensible l'action inlassable de recensement puis de rassemblement des forces éparses de la Résistance que commença dès fin 1940-début 1941 Jean Moulin, les efforts - qu'après être allé à Londres en septembre 1941 pour en souligner au Général de Gaulle la nécessité - il poursuivit dans ce sens durant deux ans, ainsi que la mission que - lors de son second voyage en Angleterre - lui confia le Général de Gaulle en sa maison d'Hampstead le 21 février 1943 : "à Moulin, qui avait longuement préparé les voies, je prescrivis - écrit le Général dans le 2ème tome de ses "Mémoires" - de fonder sans plus attendre le Conseil National de la Résistance, où siégeraient les représentants de tous les mouvements des deux zones, de tous les partis et des deux centrales syndicales. L'ordre de mission que je lui donnai réglait cette composition, définissait le rôle du Conseil et précisait la nature des rapports qui le liaient au Comité National…"
Ce ne fut pas sans mal que Jean Moulin put mener à bien cette mission que lui avait confié le Général de Gaulle. Car non seulement certains secteurs de la Résistance n'étaient pas gaullistes mais - disons-le, car c'est la vérité historique - certains étaient même antigaullistes. Et, contrairement à ce pourraient amener à penser certains schémas simplistes, ils se situaient plus dans les sensibilités de droite que dans celles de gauche. Précisément, ils n'acceptaient pas la prise en compte réaliste par le général de Gaulle de la part prise dans la Résistance par les syndicats, par les partis politiques clandestins qui recouvraient tout le spectre politique de la Gauche à la Droite en passant par le Centre, même si les plus importants étaient les partis communiste et socialiste ; or l'unité nationale de la Résistance, pour être complète donc réelle, ne pouvait se faire sans les syndicats et partis politiques résistants.
Si la constitution le 27 mai 1943 du Conseil National de la Résistance, rassemblant les mouvements, les syndicats et partis de la Résistance et dont le premier acte fut de se placer sous l'autorité du chef de la France Libre, se fit selon le vœu du Général de Gaulle, elle se fit aussi - de fait - contre celui de ces secteurs antigaullistes de la Résistance ; même si ces derniers furent contraints - en traînant les pieds - de s'y rallier, tant par l'aspiration à l'unité des Résistants que par la logique même découlant des nécessités nées de l'intensification du combat avec l'ennemi.
Et ce n'est qu'à partir du 27 mai 1943 que l'on pourra désormais parler non plus seulement des mouvements ou réseaux de Résistance, mais tout simplement de "la Résistance", selon l'expression du général de Gaulle citée par Jean-Louis Crémieux-Brilhac, ancien secrétaire du Comité de Propagande de la France Libre, dont il est devenu l'historien reconnu, dans l'article qu'il consacre à "La France libre, la Résistance et la France" dans le "Dictionnaire historique de la Résistance", publié en avril 2006 avec le concours de la Fondation de la Résistance.
Ce n'est aussi qu'à partir du 27 mai 1943 que le Général de Gaulle pourra sans conteste se réclamer de l'appui de la Résistance sur le sol de France, ce qui sera pour lui un atout décisif face à Giraud, dont le néo-pétainisme et la docilité à leur égard trouvaient grâce auprès de nos alliés anglo-américains.
"Le télégramme de Jean Moulin me confirmant la création du CNR le 27 mai et publié par les radios américaines, britanniques et des Français libres, produisit - écrira dans ses "Mémoires" le Général de Gaulle - un effet décisif, non seulement en raison de ce qu'il affirmait, mais aussi, et surtout, parce qu'il donnait la preuve que la Résistance française avait su faire son unité. La voix de cette France écrasée, mais grondante et assurée, couvrait, soudain le chuchotement des intrigues et les palabres des combinaisons. J'en fus, à l'instant même, plus fort, tandis que Washington et Londres mesuraient sans plaisir, mais non sans lucidité, la portée de l'événement ".
On ne peut donc qu'être d'accord avec Jean-Louis Crémieux-Brilhac lorsqu'il écrit : "Après l'occupation totale du pays, Moulin parachève son œuvre en fédérant l'ensemble des formations résistantes des deux zones au sein du Conseil National de la Résistance (CNR) qui, réuni à Paris, le 27 mai 1943, reconnaît l'autorité politique du chef de la France Libre et lui apporte, grâce à l'onction de la Nation résistante, à la fois une forme de légitimité et un espoir accru de présider à la Libération" (op. cit. ; pp. 16 et 17).
LA PORTEE HISTORIQUE DU 27 MAI 1943
En se plaçant lors de sa constitution le 27 mai 1943 sous l'autorité du Comité National Français et de son chef, le Général de Gaulle, le CNR permit ainsi au Général d'affirmer sa représentativité de l'ensemble des Français combattant l'ennemi et ses complices sur le sol national et partout dans le monde. En même temps qu'était assurée par là-même la conjonction des forces de la Résistance Intérieure avec celles de la France Libre.
Mais la portée du 27 mai 1943 eut aussi d'autres aspects non moins importants : ainsi la création du CNR entraîna celle le 29 décembre 1943 des Forces Françaises de l'Intérieur rassemblant les forces armées des différents mouvements (FTP, AS…), ce qui fut un atout précieux au moment de l'insurrection nationale et permit, entre le 6 juin 1944 et le 1er août 1944, avant même le débarquement de la 2ème DB, une participation militaire significative de Français sur le sol de la France au combat en appui aux forces alliées débarquées en Normandie.
De même, la création du CNR le 27 mai 1943 conduisit dès la fin 1943 à la mise en place sous son autorité de comités locaux et départementaux de la Libération qui remplacèrent les autorités de Vichy, au fur à mesure de la libération des villes et départements, et qui, là encore en reconnaissant l'autorité du Gouvernement provisoire dirigé par le général de Gaulle, permirent de faire échec aux velléités anglo-américaines bien concrètes de mise en place d'une administration militaire alliée, l'AMGOT, et d'affirmer ainsi la souveraineté française sur les régions libérées.
La création du CNR le 27 mai 1943, en plaçant - dans la prise en compte de sa diversité - l'ensemble de la Résistance intérieure sous l'autorité du CFLN puis du GPRF, écarta aussi tout risque d'une coupure entre les deux composantes - intérieure et extérieure - de la France combattante, coupure qui dans d'autres pays - telle la Grèce - déboucha sur des affrontements dramatiques.
C'est dire que l'importance que l'ANACR attacha à la création du CNR le 27 mai 1943 n'a rien eu de subjectif, mais au contraire découla de l'Histoire qui a fait de cette date une date d'honneur de la France, et la seule à pouvoir symboliser ce grand moment de notre histoire que fut - sur le sol occupée de notre pays - la Résistance.
C'est d'ailleurs tout naturellement la date du 27 mai que choisit la Fondation de la Résistance lorsqu'elle décida de raviver annuellement la Flamme sur la Tombe du Soldat inconnu, cérémonie à laquelle participent chaque année en nombre les Comités ANACR d'Ile-de-France.
Et rappelons ces propos de Jacques Chirac, Président de la République, lors de l'hommage solennel rendu au nom de la Nation le 27 mai 2003 dans la Cour d'Honneur de l'Hôtel National des Invalides au Conseil National de la Résistance pour le 60ème anniversaire de sa création :
"Il n'était pas simple de réunir autour de la même table toutes les sensibilités, toute la diversité de la Résistance, de faire taire les divergences, les rivalités de personnes ou d'opinion. C'est la mission essentielle que le Général de Gaulle a confiée à Jean Moulin : unifier la Résistance, qui n'est encore que ce "désordre de courage" qu'évoquera, vingt ans plus tard, André Malraux. Il s'agit, comme le dit Jean Moulin lui-même, de constituer "ces troupes, prêtes aux sacrifices mais éparses et anarchiques, en une armée cohérente".
"Inlassablement, Jean Moulin s'y est employé, avec autorité et patience. Cette première réunion est le fruit d'un an et demi d'âpres négociations, pour convaincre chaque chef, chaque mouvement, de la nécessité de faire front commun. Ce 27 mai vient couronner les efforts de celui qui a été décrit par André Malraux comme le "Carnot de la Résistance".
"Désormais, les Alliés vont pouvoir s'appuyer sur cette armée de l'intérieur, cette "Armée des Ombres". Désormais, grâce à l'unification de la Résistance, c'est la France combattante qui trouve sa pleine légitimité. C'est pourquoi la réunion du 27 mai, qui aura des conséquences opérationnelles majeures, a aussi une dimension éminemment politique. "J'en fus, à l'instant même, plus fort", écrira le Général de Gaulle dans ses Mémoires, parce qu'il savait que la liberté et la souveraineté futures de la France dépendaient aussi de sa capacité à se libérer elle-même."


RETICENCES INCOMPREHENSIBLES

Nous avons compris les craintes de nos camarades Français Libres et, ainsi que nous l'avons souligné précédemment, nous nous sommes attachés à lever toute ambiguïté ou malentendu par notre appui sans réserves à leur souhait de voir le 18 juin instaurée Journée Nationale. Ce qui été obtenu, à leur grande satisfaction comme à la nôtre, et qui mit fin à toute fausse concurrence quant à la date de la Journée Nationale de la Résistance.
Par contre, nous n'avons pas compris les réticences exprimées certaines associations de Résistants quant à l'instauration d'une Journée Nationale de la Résistance le 27 mai, sauf à y voir la persistance, plus de 60 ans après - au-delà d'affirmations de "gaullisme" plus rituelles que sincères - de l'hostilité exprimée par certains à la démarche de rassemblement et d'unité nationale qu'eut Général de Gaulle lorsqu'il confia à Jean Moulin la mission de créer le CNR dans sa configuration historique.
Et nous avons pu lire ici ou là, notamment dans des comptes-rendus de congrès ou assises diverses, que, pour certains intervenants - hélas non démentis loin s'en faut par la tribune -, le 27 mai n'aurait été que le moment où l'on aurait introduit les partis politiques dans la Résistance ! Comme si ils n'y étaient pas déjà pleinement présents ! Et quelle pauvreté de compréhension d'un évènement historique dont la grandeur manifestement dépasse ceux qui avancèrent cet "argument" ! L'on peut d'ailleurs se demander dans quel endroit reculé de France s'est déroulée l'action de Résistance de ceux qui font ce type de remarque, car manifestement ils n'ont ni vu ni lu sur les murs de la France martyrisée ces sinistres affiches bilingues "Avis / Bekanntmachung", sur lesquelles l'occupant nazi ne manquait pas de mentionner l'appartenance politique de nombre des héros qu'il allait ou avait fait fusiller.
Il en est même qui, poussés par leur hostilité à ce que soit instaurée une Journée Nationale de la Résistance, le 27 mai, allèrent jusqu'à se rallier à l'idée d'une "Journée unique du Souvenir". Laquelle ferait disparaître la dimension antifasciste, humaniste et démocratique du combat que menèrent les Alliés et avec eux les Résistants contre la barbarie des fascismes allemand, italien et japonais, et jetterait l'oubli sur la grandeur du sacrifice des Résistants tombés pour la Liberté de la France et de son peuple.


L'HISTOIRE ET LE BESOIN DE MEMOIRE L'ONT EXIGÉ : LA JOURNEE NATIONALE DE LA RESISTANCE EST DESORMAIS UNE REALITE

"Minorer aujourd'hui le rôle de la France Libre ou celui de la Résistance, a fortiori les opposer n'aurait plus de sens. Les mérites de la Résistance française sont éclatants. Et la France Libre lui a peut-être dû sa survie en 1942-1943." (Jean-Louis Crémieux-Brilhac, op. cit., p. 20)
Nous n'avons pas quémandé une Journée Nationale de la Résistance le 27 mai, le sacrifice de dizaines de milliers de Résistantes et de Résistants, la réalité de l'Histoire et le besoin de mémoire l'exigeant ! Et nous ne fumes que les porteurs d'une exigence nous dépassant tous.
D'autres Associations du monde Combattant, de la Déportation et de la Résistance, l'UFAC elle-même, se sont au fil des ans prononcées avec nous en ce sens. Plusieurs centaines de parlementaires de tous les Groupes - sans exception - de l'Assemblée Nationale et du Sénat, sollicités par les "Ami(e)s de la Résistance (ANACR)", apportèrent leur appui à notre demande, plusieurs Conseils Régionaux et une quinzaine de Conseils généraux ainsi que plusieurs centaines de Conseils municipaux adoptèrent des vœux en faveur de l'instauration d'une Journée Nationale de la Résistance le 27 mai ; de très nombreuses collectivités locales et territoriales, sans attendre son instauration officielle, décidèrent de la célébrer chaque année.
C'est en 2013, année du 70ème anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance (CNR) que, sur proposition du sénateur Mirassou, le Sénat se prononça le 28 mars à la quasi-unanimité en faveur de l'instauration d'une Journée Nationale de la Résistance le 27 mai. L'Assemblée Nationale s'étant à son tour prononcée à l'unanimité le 9 juillet dans le même sens, François Hollande, Président de la République, promulgua le 19 juillet la Loi 2013-642 l'instaurant :

" Article 1er : La République française institue une journée nationale de la Résistance

" Article 2 : Cette journée, ni fériée, ni chômée, est fixée au 27 mai, jour anniversaire de la création du Conseil national de la Résistance.

" Article 3 : Dans le cadre de cette journée anniversaire, les établissements d'enseignement du second degré sont invités à organiser des actions éducatives visant à assurer la transmission des valeurs de la Résistance et de celles portées par le programme du Conseil national de la Résistance. "

Ainsi, avec la "Journée Nationale de la Déportation", le dernier dimanche d'avril, avec la "Journée Nationale commémorative de l'appel historique du Général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l'ennemi", le 18 juin, la "Journée Nationale de la Résistance", le 27 mai est désormais partie prenante d'un ensemble mémoriel dédié à celles et ceux qui, sur le sol national occupé, sur tous les fronts de la lutte contre le nazisme et le fascisme à travers le monde, et jusque dans les bagnes de l'ennemi, ont lutté, ont souffert et sont tombés pour la Libération de la France et la Liberté de son peuple.

Louis Cortot
Compagnon de la libération
Président de l'ANACR

 

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