N°1199 Août 2007 
IL Y A 65 ANS, LES FRANÇAIS LIBRES A
BIR HAKEIM…

Alors que la défaite des troupes franco-britanniques face à la Wehrmacht nazie - passée à l'offensive à l'Ouest le 10 mai précédent - lui apparaît consommée, la moitié nord de la France étant déjà envahie, l'Italie déclare la guerre notre pays le 10 juin 1940, puis le lendemain à la Grande-Bretagne. A la différence de son allié hitlérien, elle est aussi hors d'Europe directement au contact militaire de ses adversaires français et britannique.
La Guerre va donc s'étendre dès le début du Second Conflit mondial au continent africain et, les armistices franco-allemand du 22 juin 1940 et franco-italien du 25 juin ayant sorti la France de la Guerre, avant que le régime de Pétain n'en fasse un allié de fait d'Hitler et Mussolini, le conflit va être dans un premier temps essentiellement italo-britannique(1).
En Afrique Orientale, où les troupes du duc d'Aoste, vice-roi italien d'Ethiopie, fortes de 91000 italiens épaulés par 200 000 soldats coloniaux, sont opposées à moins de 20 000 Britanniques (9000 au Soudan, 8500 au Kenya, 5 bataillons au Somaliland)(2). Et surtout en Afrique du Nord, où forts de leur supériorité numérique, les Italiens attaquent le 13 septembre 1940 avec six divisions sur la frontière égyptienne-libyenne et se stabilisent en territoire égyptien à Sidi-Barani, qu'ils fortifient. La contre-offensive britannique commencée le 7 décembre va les contraindre à une retraite qui se transforme en déroute. Tobrouk - située à 160 Km à l'ouest de la frontière égyptienne - est prise par les Britanniques le 24 janvier 1941, Benghazi le 7 février. Lorsque l'offensive britannique s'arrête, une partie de leurs troupes étant envoyée au secours de la Grèce attaquée par le Reich, plus de 130 000 Italiens ont été faits prisonniers.
Le 14 février, envoyé d'urgence par Hitler pour secourir son allié en difficulté, un corps expéditionnaire allemand, rapidement connu sous le nom d'Afrika Korps, débarque à Tripoli, capitale de la Libye. Il est commandé par le général Erwin Rommel qui, durant l'année 1941 et début 1942, va conduire contre-offensives et offensives contre les forces britanniques. Parmi ses adversaires sur le sol libyen, outre les Britanniques, les troupes de leur empire colonial et des Dominions , des Français libres.
Dès l'été 1940, en Angleterre avec des militaires français présents sur le sol britannique ou qui s'y rendent, avec des échappés de France, et suite à des ralliements à de Gaulle dans les territoires coloniaux rejoignant la France libre, mais aussi dans ceux contrôlés par les Britanniques, se constituent des unités militaires françaises libres, regroupées au sein des Forces Française libres (FFL). Ainsi, en juillet, le commandant Lorotte met sur pied en Palestine puis en Egypte ce qui va devenir la première unité française libre à reprendre la lutte, le 1er Bataillon d'Infanterie de Marine (1er BIM), avec des militaires refusant l'armistice et l'autorité de Vichy, venus de Chypre et du Liban et passés en Palestine. Premier élément des Free French au sein des forces britanniques, le 1er B.I.M., après s'être initié par des coups de main contre les Italiens au combat dans le désert, va participer à la contre-offensive britannique à Sidi-Barani en décembre 1940 puis à plusieurs autres combats, telle la prise de Tobrouk en janvier 1941.
En mars 1941, une partie du B.I.M remonte le Nil pour rejoindre la Brigade Française d'Orient (B.F.O.) qui combat en Erythrée contre les Italiens, tandis que d'autres éléments prendront part à la campagne de Syrie contre les forces vichystes avec la 2ème Brigade de la 1ère Division légère française libre (1ère DLFL) du général Legentilhomme).

(1) En Afrique du nord, où la colonie italienne de Libye est limitrophe à l'Ouest du protectorat français de Tunisie, au Sud-Ouest et au Sud des colonies françaises d'Algérie, du Soudan (Mali) et du Tchad, à l'Est des protectorats britanniques d'Egypte et du Soudan Anglo-égyptien. En Afrique Orientale, où les colonies italiennes d'Erythrée, d'Ethiopie (conquise en 1936) et de Somalia, enserrent la Côte Française des Somalis et le Somaliland britannique et jouxtent le Soudan Anglo-égyptien et la colonie britannique du Kenya
(2) Après une offensive stoppée en juillet contre le Soudan Anglo-égyptien, les Italiens attaquent en août 1940 avec 26 bataillons appuyés par des tanks le Somaliland, qu'ils conquièrent. La contre-offensive britannique, lancée en janvier 1941 en Erythrée à partir du Soudan, avec le concours de Français libres, puis, à partir du 10 février suivant depuis le Kenya, aboutira à la reddition du Duc d'Aoste le 17 mai, et à celle des dernières forces italiennes éparses le 27 novembre 1941.
Afrique du Sud, Australie, Canada et Nouvelle-Zélande

1941, la 1ère DLFL étant réorganisée en 1ère Brigade française libre (1ère BFL), le BIM y est intégré, au sein de la 2ème demi-brigade coloniale.
Commandée par de Larminat, avec Kœnig comme adjoint, la 1ère BFL rejoint le front égyptien fin 1941 et, le 17 janvier 1942, elle contribue à la capture de la garnison allemande d'Halfaya à la frontière égypto-libyenne. Les Free French sont de retour.
Un mois plus tard, la 1ère BFL se fixe à Bir Hakeim, à 80 km au sud de Tobrouk, position qu'elle va fortifier, entourer d'un champ de mines, où elle va enterrer ses pièces d'artillerie et postes de tir collectifs et individuels, et à partir de laquelle, pendant plus de trois mois, elle mène contre les forces germano-italiennes coups de main et missions de reconnaissance. Début avril 1942, Kœnig - futur Chef d'Etat-major des FFI en 1944 - en devient officiellement le chef.
L'offensive lancée le 26 mai 1942 par Rommel avec 90 000 hommes et 575 chars a pour objectif… le canal de Suez, et prend la forme d'une tenaille : une mâchoire au nord par la route côtière qui passe par Tobrouk vers Sidi-Barani et El-Alamein, au sud, contournant la ligne de défense britannique, l'autre mâchoire, qui doit se fermer à El-Alamein en emprisonnant le maximum de forces britanniques, passe par Bir Hakeim…
Pour cette mâchoire sud de son offensive, Rommel a concentré ses cinq meilleures divisions, les 15ème et 21ème Panzer-D., la 90ème D. légère (motorisée) allemande et les divisons italiennes Ariete (blindée) et Trieste (motorisée), face à deux divisions et trois brigades alliées, dont la 1ère BFL à Bir Hakeim.
Répartie en 6 bataillons(3) appuyés par le 1er régiment d'Artillerie et quelques petites unités, la 1ère BFL est dotée d'un armement diversifié(4). Le ravitaillement en nourriture, en eau et en munitions de la garnison, qui ne dispose au début des hostilités que de dix jours de ravitaillement et de vingt mille obus de 75, va devenir rapidement un problème majeur, car l'encerclement de la position sera quasi achevé dès le 1er juin et définitif le 6.
Les 3723 hommes de la 1ère DFL présents à Bir Hakeim sont emblématiques des Forces de la France libre, rassemblant notamment des évadés de France tel Gérard Théodore qui, via Grandville, les iles Chausey et Jersey, à rejoint l'Angleterre dès le 25 juin 1940 et s'est engagé dans les FFL le 1er juillet 1940.



(3) Afrique du Sud, Australie, Canada et Nouvelle-Zélande
(4)Les 2ème et 3ème bataillons de la 13ème Demi-brigade de la Légion étrangères (13ème DBLE), comportant beaucoup de Républicains espagnols, les bataillons de l'Oubangui-Chari (BM2) et du Pacifique, le bataillon de fusiliers marins (chargé de la DCA), le 1er B.I.M., plus le 1er Régiment d'Artillerie, la 22ème Cie Nord-Africaine, 1ère Cie anti-chars, la 1ère Cie de Sapeurs-mineurs, la 1ère Cie de transmissions, la 101ème Cie Automobile.
(5)63 chenillettes Bren Carrier, camions et deux obusiers britanniques, artillerie majoritairement française, récupérée au Levant : 54 canons de 75 (dont 30 utilisés en antichars), 14 de 47,18 de 25, ainsi que de 18 canons antiaériens de 40 mm Bofors britanniques ; les Britanniques ont aussi fourni 86 fusils antichars Boys de 12,7 mm. L'infanterie dispose de matériel français : 44 mortiers de 81 ou de 60, 76 mitrailleuses Hotchkiss, 96 fusils-mitrailleurs 24/29 de DCA et 270 d'infanterie.

Affecté comme canonnier pointeur, il a participé au sein de la B.F.O. à la campagne d'Erythrée et à la prise de Massaoua puis à la campagne du Liban et de Syrie, commencée le 8 juin 1941 et au terme de laquelle les forces vichystes des deux territoires, après une réelle Résistance, cesseront le combat par la convention de Saint-Jean-d'Acre, signée le 14 juillet (5); 650 FFL ont été tués ou blessés. Après avoir suivi des cours d'élève aspirant à Damas, Gérard Théodore est affecté avec ce grade au 1er régiment d'Artillerie au sein de la 1ère BFL. Il témoigne pour le "Journal de la Résistance" : " Les unités rassemblées à Bir Hakeim étaient d'une extrême diversité quant à leur composition : Français métropolitains, Français d'outre-mer et des colonies, soldats coloniaux d'Afrique Noire, Malgaches, Nord-africains, Tahitiens, Wallisiens, Canaques, Vietnamiens, Indiens des Comptoirs de l'Inde, Syriens et Libanais, Républicains espagnols… L'encadrement était formé de réservistes et de beaucoup d'officiers d'active ayant rejoint de Gaulle soit en Angleterre soit lors du ralliement des colonies d'A.E.F. puis d'A.O.F., voire après l'affaire syro-libanaise. Cela était par exemple le cas pour l'Artillerie dont le commandant était le chef d'escadron Jean-Claude Laurent-Champrosay, ancien de Saint-Cyr et qui avait servi au Maroc, en Indochine et en Haute-Volta d'où il s'était rallié à de Gaulle, les servants des batteries étant notamment des coloniaux d'Afrique Noire (1ère et 2ème Cies) et Malgaches (3ème et 4ème)". Gravement blessé le 8 juin, sa jambe gauche étant arrachée, Gérard Théodore participe avec succès à la sortie héroïque de la garnison de Bir Hakeim et est évacué vers Tobrouk puis vers l'Hôpital de Beyrouth, où il est fait le 9 septembre 1942 Compagnon de la Libération par le général de Gaulle, qui lui en remet la Croix(7).
Dans la nuit du 26 mai 1942, Rommel lance son vaste mouvement de contournement des positions britanniques au sud de Bir Hakeim. Le 27 mai, à 9 heures, il donne l'ordre à la division italienne Ariete d'attaquer Bir Hakeim par le sud-est, ce qu'elle va faire en abordant la position française à revers en deux vagues successives mais, se heurtant à une Résistance acharnée des Français, elle va devoir laisser se replier abandonnant sur le terrain 32 blindés et 91 prisonniers; les FFL n'ont eu que deux blessés, un camion et un canon détruits. Le 31 mai, un convoi de 50 camions de 101ème compagnie automobile du capitaine Dulau apporte de l'eau, remmène les blessés, les prisonniers italiens et 600 soldats indiens repliés à Bir Hakeim devant l'offensive de Rommel.

(6)2600 Européens, 1100 Nord-Africains et 1800 Coloniaux des forces vichystes du Levant rejoignent les Français libres. En août et septembre 1941, 37 563 Français, militaires et fonctionnaires vichystes notamment - dont le Haut-commissaire, le général Dentz, quittent le Levant pour la France conformément aux dispositions de la Convention signée à Saint-Jean d'Acre.
(7)Furent faits Compagnons de la Libération plusieurs dizaines de combattants de Bir Hakeim, tels Pierre Messmer, chancelier de l'Ordre, qui vient de disparaître, ou Jean Tranape, Pierre Simonet, et Claude Lepeu, actuels membres du Conseil de l'Ordre, Conseil auquel appartient aussi Gérard Théodore. Lequel, à sa sortie d'hôpital, retourna au 1er régiment d'Artillerie en juillet 1943 en Tripolitaine, avant d'être muté en Angleterre à l'Etat-major FFI Zone-nord du général Koenig, de décembre 1943 à août 1944 ; il rejoint Paris le 25 août 1944.


La journée du 1er juin ayant été consacrée par l'ennemi à des bombardements des positions françaises, la nouvelle offensive de ses forces - 90ème Division légère allemande, division italienne Trieste et 3 régiments italiens blindés de reconnaissance - a lieu le 2 juin, après que les Français ont rejeté une demande de reddition, réitérée le lendemain dans un message écrit de sa main par Rommel au général Koenig sans plus de succès.
Du 2 au 10 juin, plus de 40 000 obus de gros calibre - du 105 au 220 mm - sont tirés sur Bir Hakeim et une grande quantité de bombes est larguée par les aviations allemande et italienne qui, les 8, 9 et 10 juin, mèneront plusieurs raids de plus de 100 appareils chacun; les Français tirant quelques 42 000 obus de 75 m. Plusieurs tentatives - infructueuses - de l'ennemi pour passer à travers les champs de mines et enfoncer les défenses françaises auront eu lieu, notamment les 6 et 8 juin, sous la direction de Rommel, qui écrira : "la bataille de juin commença par une préparation d'artillerie ; elle devait se poursuivre pendant dix jours durant et avec une violence peu commune. Pendant cette période, j'assumai moi-même, à plusieurs reprises, le commandement des troupes assaillantes. Sur le théâtre des opérations africaines, j'ai rarement vu combat plus acharné."
Alors que les munitions et les réserves en eau et nourriture sont quasi-épuisées, l'ordre d'évacuation est donné aux Français par le commandement britannique. Elle va avoir lieu dans la nuit du 10 au 11 juin : 2619 hommes sur les 3723 présents au début de la bataille vont réussir à passer et rejoindre les lignes britanniques ; les Français ont eu 99 tués et 19 blessés pendant le siège, et, lors de l'évacuation, 41 tués, 210 blessés et 814 prisonniers. Quant aux Germano-italiens, ils ont eu 3300 tués et blessés, 277 prisonniers, 51 chars détruits et 49 avions abattus par la DCA française et la R.A.F. Et surtout, Rommel a été stoppé dans son offensive sur El Alamein durant deux semaines, pendant lesquelles la 8ème Armée britannique va fortifier ses positions et se renforcer de troupes fraîches australiennes arrivées d'Irak.
Winston Churchill dira : "En retardant de quinze jours l'offensive de Rommel, les Français libres de Bir Hakeim auront contribué à sauvegarder le sort de l'Égypte et du canal de Suez". Quant au général de Gaulle, il enverra un message au général Kœnig : "Sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil."
(8) Plusieurs mourront quelques jours plus tard dans le naufrage du navire italien "Nino Bixio", coulé par un sous-marin britannique alors qu'il transportait en Italie 143 prisonniers français de Bir Hakeim.

 

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