Poursuivre le combat des Résistants contre le fascisme (suite)


Par ailleurs, tous les dirigeants des régimes et partis fascistes européens, associés aux agressions et crimes du 3ème Reich n'ont pas eu en répondre. Ainsi Ante Pavelic, le Poglavnik (duce, führer) de l'Etat croate fantoche, dont les camps de concentration furent envoyés Juifs, Tziganes, Serbes, antifascistes - plus de 500 000 y furent assassinés - furent semblables aux camps nazis, échappa à l'arrestation en 1945 et, avec la complicité de secteurs de l'Eglise catholique qui avait durant la Guerre été la bénéficiaire de ses attentions, réussit - via l'Italie - à   gagner l'Argentine, oùle dictateur Péron fut accueillant ; blessé en 1957 lors de deux attentats commandités par les services secrets yougoslaves, il se réfugia en Espagne franquiste, où il mourut à Madrid en 1959.
L'amiral Myklos Horthy, le dictateur hongrois de 1920 à 1944, fut capturé en 1945 en Bavière par les Américains, qui refusérent de le livrer à la justice yougoslave ou à celle de la Hongrie nouvelle : réfugié au Portugal de Salazar, il y mourut libre à  89 ans en 1957. Ses restes ont été rapatriés en 1993 en Hongrie.
Leader du parti fasciste belge Rex, Léon Degrelle, Obersturmbannführer de la 28e division SS «Wallonie», fait par les occupants nazis à «Volkstheater der Wallone» (à «Chef du peuple wallone»), réussit à la fin de la guerre à gagner - par voie aérienne depuis la Norvège - l'Espagne franquiste, dont il obtiendra en 1954 la nationalité. Degrelle, condamné à mort par contumace en Belgique, sera une référence pour l'extrême-droite européenne ; Il évoquera sa proximité avec le Front National français, son amitié et son admiration à l'égard de Jean-Marie Le Pen, lequel le qualifiera de «Monument de la Seconde Guerre mondiale et [de] personnage historique tout à  fait extraordinaire». Degrelle, qui avait participé à la veillée funèbre de Franco en novembre 1975, décéda le 31 mars 1994 à Malaga.
L'Espagne franquiste fut aussi le refuge de Louis Darquier de Pellepoix, Commissaire Général aux Questions Juives du gouvernement pétainiste de mai 1942 à  février 1944, condamné le 10 décembre 1947 à mort par contumace. Dans une interview àl'hebdomadaire l'Express, publiée le 28 octobre 1978, il y déclara : à «Auschwitz, on a gazé. Oui, c'est vrai. Mais on a gazé les poux.» Ce triste personnage mourra en liberté, à  Malaga le 29 août 1980.
Chef du Rassemblement National Populaire (RNP), l'un des deux principaux partis de la collaboration, Marcel Déat, ministre du Travail dans le gouvernement de Laval à  Vichy et dans la Commission gouvernementale française - le «gouvernement» en exil pétainiste - repliée à Sigmaringen, quittera l'Allemagne en avril 1945 pour le Nord de l'Italie, y trouvant refuge dans une institution religieuse. Condamné à mort par contumace en France à la Libération, il finira ses jours dans son exil italien le 5 juillet 1955.
Pour échapper au cchâtiment qui les menaçait, ces hauts dignitaires des régimes fascistes mais aussi des centaines voire des milliers de leurs subordonnés - anciens SS, Commandants et gardiens de camps de concentration, «médecins» nazis, etc. - vont bénéficier des derniers moyens d'Etat du Reich - aériens, sous-marins, financiers à leur disposition. Et de complicités, telle celle de la filière - mise en place sous la houlette de l'évéque autrichien Aloé Hudal ou du prêtre croate Krunoslav Draganovic en poste au Vatican - des monastères du nord de l'Italie utilisée par des Croates, des Hongrois, des Autrichiens, parfois déguisés en prêtres, pour gagner le port de Gênes, porte de l'Amérique du Sud.
Nombre d'entre eux trouveront refuge au Brésil, où s'établit Franz Stangl, le commandant du camp de Treblinka, au Chili, au Paraguay du dictateur Stroessner, en Argentine comme Josef Mengele ou Adolf Eichmann, en Bolivie comme Klaus Barbie, les dictateurs sud-américains, qui dirigent quasiment du début des années 1950 à la fin des années 1980 tous les pays d'Amérique latine, utilisant souvent leurs compétences en matière de répression, et ce au su de leurs mentors nord-américains.
D'autres, comme Alois Brunner, le commandant nazi du camp de Drancy figurant sur la liste n°1 des criminels de guerre, condamné à mort en France en 1954 par contumace, gagneront le Proche-Orient, leur antisémitisme y trouvant un prolongement dans le conflit avec Israel ; en Syrie, où Brunner deviendra en 1971 conseiller en techniques de torture des services secrets du président Hafez el-Assad, le père de l'actuel dirigeant de Damas, en Irak ou en Egypte.
Outre la filière des monastères catholiques italiens, les fugitifs utilisèrent aussi des réseaux d'exfiltration mis au point avec des fonds nazis collectés avant ou après la défaite du Reich, que l'écrivain britannique Frédéric Forsith rendit célèbres sous le nom littéraire d'ODESSA (Organisation des anciens SS) et qui furent une réalité connue depuis sous le nom évocateur de Rattenlienen (Ratlines en anglais) ; les «routes des rats»... quittant le navire... L'un d'entre eux, Die Spinne («l'Araignée»), établi sous la direction de l'ancien général SS Otto Skorzeny et qui permit à  plus de 600 SS de quitter clandestinement l'Allemagne et l'Autriche et de s'exiler, bénéficia du concours du général Richard Gehlen, ancien chef du «service de renseignement sur les armées étrangères de l'Est» (Abteilung Fremde Heere Ost ou FHO), qui recruta plusieurs dizaines de milliers d'hommes parmi les prisonniers soviétiques pour l'Armée Vlassov, supplétive russe de la Wehrmacht nazie.
La défaite allemande consommée, Gehlen, qui précautionneusement a mis en lieu les archives de son service, va les proposer ainsi que son savoir-faire et ce qui reste de ses réseaux àl'Est aux Alliés occidentaux ; une proposition qui va rencontrer l'écoute de leurs services secrets à l'heure où s'amorce la «Guerre froide» entre les Pays occidentaux, avec leur tête les Etats-Unis, et les Pays d'Europe centrale et Orientale conduits par l'Union Soviétique, que rejoindra en 1949 la Chine populaire.
La «guerre froide», qui deviendra parfois chaude en menaçant la Paix mondiale comme en Corée de juin 1950 à  juillet 1953, en Indochine de 1946 à 1954, au Vietnam de 1955 à 1975, va faire appel dans le combat contre le communisme   d'anciens membres des forces armées du 3ème Reich, d'anciens collaborateurs des nazis dans les pays occupés ; y compris ceux impliqués dans leurs crimes tel le génocide des Juifs.
Ainsi, en Albanie, devenue démocratie populaire, en Biélorussie et Ukraine soviétiques, dans les Pays Baltes réintégrés à l'URSS, ravitaillés en armes par des parachutages organisés par les services secrets américains (C.I.A.) britanniques (M.I.6) et suédois, des maquis formés par des nationalistes anticommunistes, dont des rescapés des formations SS levées dans ces pays et ayant participé aux crimes contre les Juifs, les Polonais et les Tziganes, combattront les régimes communistes, parfois jusqu'au milieu des années cinquante, tels les «Frères de la forêt» des Pays baltes.
A Munich, en zone américaine d'occupation en Allemagne, «Radio-Europe Libre», financée par le canal de la CIA, fera appel pour ses émissions de propagande à  destination des pays de l'Est aux rescapés de la collaboration avec les nazis. Stepan Bandera, nationaliste ukrainien, fondateur de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et dirigeant de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), ainsi que de la Légion ukrainienne qui combattit aux côtés des Allemands et participa à des Pogromes anti-Juifs et anti-Polonais, mourut à Munich en octobre 1959. L'Ukraine indépendante en a fait un «héros de l'Ukraine», un timbre à son effigie a été édité, une statue lui a été érigée à Lviv, en Ukraine Occidentale...
Pour mener à  bien ces actions, les Occidentaux feront aussi appel aux compétences de Gehlen qui, avec l'accord des services américains (OSS), montera - en faisant appel initialement à 350 anciens agents nazis - un service secret, l'«Organisation Gehlen», lequel deviendra en 1956 le Service fédéral de renseignement ouest-allemand - le BND - dont, promu lieutenant-général de la Bundeswehr, il deviendra le premier Directeur.
En Indochine, pour mener de 1946 à 1954 sa lutte contre Ho-chi-Minh et les communistes du Viet-Minh, la France fera notamment appel au lendemain de la guerre à entre 20 000 et 30 000 anciens de la Wehrmacht recrutés pour la Légion étrangère parmi les prisonniers allemands, dont deux à trois mille anciens Waffen-S.S.

Epuration incomplète et provisoire
La Guerre froide aura aussi dans les pays d'Europe occidentale pour conséquence le ralentissement puis épuration des anciens collaborateurs des occupants, parallelement à des politiques de réduction de peines de ceux déjà  condamnés ; avant des mesures d'amnistie qui réinséreront nombre d'entre eux dans la vie sociale, économique et politique de ces pays.
Ces dernières années se sont multipliés en France les ouvrages de journalistes ou d'historiens, professionnels ou non, tant sur le plan national que local, qui remettent en cause les mesures d'épuration ; plus particulièrement ce qui est appelé «l'épuration sauvage», c'est-à -dire extra-judiciaire, le plus souvent intervenue dans les semaines ayant précédé la Libération et les jours l'ayant suivie, en avançant la notion d'«exécution sommaire» ; la «Saison 6» d'un récent téléfilm, «Le village français» reprend complaisamment ce thème, présenté de facto comme une norme à travers la France.
Y a-t-il pu avoir dans cette période des exécutions dites «sommaires» de collaborateurs, c'est-à-dire sans instruction préalable, présence d'avocats, de jury, de juges, de prononcé de jugement après délibéré ? Sans aucun doute. Pour autant lors que la peine de mort était alors admise par la société et pratiquée par les institutions, ont-elles, au regard des critères, des faits incriminés et du contexte de l'époque, été des exécutions injustifiées ?
Et puis, n'oublions pas qu'à la veille de la Libération les institutions judiciaires et policières officielles avaient été et étaient depuis quatre ans, même s'il y eut en leur sein des Résistants - des auxiliaires de l'occupant et de l'administration pétainiste dans la répression des patriotes, de la Résistance ; une répression s'étant traduite par des dizaines de milliers de déportations «sommaires», d'exécutions.
Dans cette période de la Libération, initiée par le débarquement de Normandie et qu'accompagna l'insurrection nationale, vont se déliter des Pouvoirs publics police, justice, administrations - compromis dans la Collaboration, la chape de plomb qui avait pesé sur la France et les Français quatre ans durant se fissurant avant d'exploser, au terme de plusieurs mois de combats incertains avant que le succès du débarquement ne soit acquis par l'issue victorieuse de la bataille de Normandie.
Ces événements se situent principalement durant ces mois lors desquels la Résistance - qui ne pouvait posséder ni appareil judiciaire structuré, ni n'avait à sa disposition le temps pouvant être long de l'enquête de justice, ni prison où enfermer des condamnés, s'affronta violemment à la Milice et aux autres forces de répression, dans ce contexte d'explosion de l'appareil de l'Etat français qui avait trouvé des appuis et des complices parmi les notables et dans certains secteurs de la population, des délateurs renseignant les forces de répression.
Des chiffres extravagants mais pas innocents concernant cette épuration extra-judiciaire furent avancés à la Libération : un journaliste américain alla même jusqu'à évoquer en avril 1946 sous le titre «Bain de sang en France» 50 000 exécutions dans le seul Sud-Ouest ! Plus sérieusement, le Comité d'histoire de la Deuxième Guerre Mondiale lança en 1967 une enquête d'évaluation département par département des épurations judicaire et extra-judiciaire. Concernant cette dernière, les statistiques de cette étude - portant sur 84 départements - ont été publiées en 1992 dans le n°33 de la revue Vingtième siècle par l'historien Henry Rousso, établissant un chiffre de 8775 exécutions, que ce soit avant ou durant la Libération ; c'est-à-dire dans une période de combat intense entre les Résistants et les forces de répression, notamment la Milice, qui n'hésita pas à mener une politique de terreur contre les populations.
Peut-il y avoir eu parfois des erreurs, des châtiments disproportionnés par rapport à la faute ? Est-il concevable, dans ce contexte historique de violence de la fin du printemps et de l'été 1944, qu'il ait pu ne pas y en avoir eu ? Pour autant, cela ne saurait caractériser la Libération ; et focaliser dans des articles, des livres ou des émissions de radio ou de télévision sur ces aspects - comme l'a fait le « Village français » - n'aide pas à comprendre ce que représenta la Libération pour le peuple français et la part qu'il y prit, en donne une image faussée, confinant parfois au négationnisme en exonérant ou excusant de leurs actes des collaborateurs tout en jetant l'opprobre sur des Résistants.
En ces temps de son 70ème anniversaire, évoquer la Libération ne saurait se résumer à telle ou telle erreur, à tel ou tel fait que l'on peut regretter tout en comprenant les raisons qui l'ont à l'époque généré, pas plus qu'elle ne saurait être illustrée jusque dans des manuels scolaires par des photos de femmes tondues pour avoir eu des relations intimes de différente nature - vénales ou amoureuses - avec des soldats allemands, intolérables pour le corps social de l'époque traumatisé par l'absence des prisonniers, les privations, la répression, les déportations, les exécutions ; et c'est faire aussi abstraction du contexte, notamment de la place de la femme dans la société, fort différente de celle qui est la sienne aujourd'hui.
Quant à l'épuration légale, celle des Cours de justice et des tribunaux rétablis après la Libération, elle fut - n'en déplaise à certains - plus clémente en France que dans les autres pays d'Europe occidentale, Belgique, Pays-Bas, Danemark, Norvège, où la peine de mort avait été rétablie pour la circonstance.
D'après un bilan définitif officiel au 31 janvier 1951, les cours de justice établies par une ordonnance du GPRF en date du 26 juin 1944 statuèrent sur le cas de 55 331 personnes, prononçant 6 763 peines de mort dont 3 910 par contumace. Seulement 767 des peines prononcées en présence de l'accusé seront exécutées, les 2 086 autres étant commuées.
Il y eut 13 339 peines de travaux forcés (dont 2 702 à perpétuité), 11112 d'entre elles ayant été prononcées par contumace, plus de 2000 peines de réclusion criminelle, 22 883 peines de prison. Mentionnons aussi plus de 50 000 peines de dégradation nationale à vie ou à terme, 3184 personnes condamnées en étant immédiatement relevées pour «faits de Résistance». Ainsi, André Parmentier qui, Préfet de Rouen, ordonna le 12 janvier 1943, à la demande des Allemands, l'arrestation des Juifs du département, et qui fut nommé en 1943 Directeur général de la police et secrétaire général du ministère de l'Intérieur du régime pétainiste, condamné à 5 ans d'indignité nationale le 1er juillet 1949 fut immédiatement relevé de sa condamnation pour «fait de Résistance» ; ce sera le dernier procès.
Une semaine plus tard, le 23 juin 1949, la Haute Cour de Justice créée le 18 novembre 1944 pour juger les crimes et délits commis dans l'exercice leur fonction par des responsables gouvernementaux ou des hauts fonctionnaires qui avait condamné à 5 ans de dégradation nationale le Secrétaire général à la Police du Régime pétainiste, René Bousquet, l'avait immédiatement relevé de la peine pour «faits de Résistance». Pour des «raisons» identiques, Maurice Papon, secrétaire général de la Préfecture de la Gironde, qui participa à la déportation des Juifs de son département, ne fut pas poursuivi.
La Haute Cour de Justice instruisit 108 dossiers de hauts dignitaires du Régime pétainiste dont bon nombre par contumace, les inculpés étant en fuite. Elle prononça 18 condamnations à mort dont 10 par contumace, 3 seulement furent exécutées, Laval, Darnand et de Brinon et 5 commuées, dont celle de Pétain. Il y eut 8 peines de travaux forcés, dont 6 à temps et 2 à perpétuité, 14 peines de prison, dont 13 à temps (dont celle de Xavier Vallat, ancien «Commissaire général aux questions juives» et artisan de la politique antisémite du régime pétainiste) et 1 à perpétuité (l'amiral Esteva, ancien Résident général en Tunisie, resté fidèle à Pétain et qui mit des bases françaises à la disposition des Allemands), 15 peines de dégradation nationale, comme peine principale, dont 7 seront suspendues pour «fait de résistance». Enfin, la Haute Cour de Justice prononça 3 acquittements et 42 non-lieux, soit près de la moitié des dossiers instruits. Ainsi, là  encore, l'épuration aura été moins importante en France que dans les autres pays européens.
De plus, les condamnations à l'emprisonnement, y compris celles à perpétuité, ne furent pas pérennes, si l'on excepte quelques condamnés très âgés ou malades qui moururent assez rapidement en détention, tel Pétain en 1951. Xavier Vallat, condamné en 1947 à dix ans d'emprisonnement et à l'indignité nationale à vie, est libéré en décembre 1949 et amnistié en 1954 ; l'ex-amiral Esteva, condamné le 15 mars 1945 à la prison à perpétuité, sera gracié dès le 11 août 1950.
Ainsi, si l'on rapporte le nombre de peines de prison, réclusion criminelle et travaux forcés prononcées pour faits de collaboration en France à sa population, soit environ 38 000 peines pour 40 millions d'habitants, on constate que seulement 94 Français pour 100 000 furent emprisonnés à ce titre, contre - selon le même ratio et la même raison - 374 Danois, 419 Néerlandais, 596 Belges et 633 Norvégiens.
Enfin, des lois d'amnistie seront, Vincent Auriol étant Président de la République, adoptées en août 1947 (en faveur des «simples» propagandistes de la Révolution Nationale), en janvier 1951 («portant amnistie, instituant un régime de libération anticipée, limitant les effets de la dégradation nationale», ce qui permet aux condamnés à cette peine de pouvoir redevenir curateur, faire partie d'un conseil de famille, d'avoir des responsabilités dans un syndicat, d'être gérant ou administrateur de société, d'être directeur général ou secrétaire général d'une société de banque ou d'assurance) et, Joseph Laniel - qui participa le 27 mai 1943 à la réunion fondatrice du CNR - étant alors à la tête du gouvernement, en août 1953 : son article 19 rend de nouveau éligibles pour toutes les élections, les personnes déchues de ce droit. Les hommes politiques ayant soutenu le régime pétainiste peuvent ainsi rejouer un rôle politique, au moins au niveau local dans un premier temps.
De fait, ces lois d'amnistie complétées par des mesures de grâce individuelle pour les quelques plus condamnés exclus des mesures d'amnistie auront permis de réinsérer, moins de dix ans après la Libération, l'ancien personnel politique et administratif du Régime pétainiste dans la vie politique et administrative du pays, dans sa vie économique et sociale ; particulièrement choquante sera la réintégration d'un grand nombre des 5 000 policiers ayant participé à la chasse aux Résistants qui, «épurés», retrouveront pour l'essentiel leurs fonctions, grades et tableau d'avancement. Ainsi, jusque vers la fin des années 1980, dans les administrations, dans la sphère politique et médiatique, dans les milieux économiques, restèrent en place des personnes ayant été impliquées dans la collaboration et le régime pétainiste, y contribuant à la pérennisation de certains aspects de son idéologie.
Pendant cette période, alors même que des anciens collaborateurs étaient à cause de «faits de résistance» - souvent hypothétiques - relevés de leurs condamnations pour faits de collaboration attestés, plusieurs centaines d'anciens Résistants furent à travers la France inquiétés, traduits en Justice, incriminés pour des faits ressortissant de l'épuration extra-judiciaire, condamnés à des peines pouvant aller même jusqu'à  la peine de mort, tels Edouard Moreau ou les frères Kabacinsky, sans que soient immédiatement invoquées pour les en relever une pourtant bien réelle action de Résistance, parfois pendant plusieurs années.
Georges Guingouin, en est une illustration exemplaire : entré en Résistance dès les débuts de l'Occupation, organisateur des premiers maquis du Limousin, commandant des FFI de Haute-Vienne à la Libération, fait Compagnon de la Libération par le général de Gaulle le 19 octobre 1945, Médaillé de la Résistance, il sera le 24 décembre 1953 poursuivi pour l'exécution de deux paysans par des Résistants qui auraient agi sous ses ordres. Incarcéré, battu en prison quasiment à mort, il ne sera libéré qu'après une campagne de soutien dans laquelle l'ANACR aura pris toute sa part, n'obtenant un non-lieu que le 13 novembre 1959. Des Résistants condamnés ne seront libérés qu'au milieu des années soixantes.
Un processus identique aura lieu dans les autres pays d'Europe occidentale, y compris l'Allemagne : nous avons vu le rôle de Gehlen, Hans Globke, qui avait travaillé pour Adolf Eichmann au département des Affaires juives et participé à  la rédaction des Lois de Nuremberg, devint le conseiller à la sécurité nationale du Chancelier Konrad Adenauer dans les années 1960 et le lien principal avec la CIA et l'OTAN». Théodor Oberlander, qui mit au point les plans d'épuration ethnique à   l'Est à  l'encontre des Juifs et des Polonais dans les territoires annexés au Reich, fut de 1953 à 1960 ministre fédéral ouest-allemand des Personnes déplacées et des Réfugiés. Hans-Martin Schleyer, ancien des Jeunesses hitlériennes et de la SS, organisateur du pillage économique de la Bohême-Moravie sous l'occupation nazie, recruté par Daimler-Benz en 1951, devint dirigeant du Patronat ouest-allemand.
Alors que des antifascistes allemands seront durant la même période poursuivis pour violences dans des rixes avec les nazis ou contre des policiers au début des années trente, exécution de peines prononcées par des juges nazis, désertion de la Wehrmacht, passage à la Résistance - et condamnés parfois par les mêmes juges qui les avaient envoyés en prison ou en camp de concentration entre 1933 et 1939. Peter Gingold, antifasciste allemand réfugié en France, combattant de la Résistance française au sein de la Main-d'oeuvre immigrée (M.O.I.) et du Travail Allemand (T.A.), délégué du «Comité Allemagne Libre pour l'Ouest» (CALPO) sur le front de Metz au sein du régiment de Fabien, rentré en Allemagne de l'Ouest en 1945, se verra ainsi que sa famille - retirer la nationalité allemande en 1956, décision qui ne sera annulée qu'en 1972 au terme d'une longue bataille judiciaire.

Extrême-droite et droite extrême
Fondé le 22 décembre 1945, le Parti Républicain de la Liberté (PRL), qui a à sa tête deux anciens membres du CNR, Joseph Laniel et André Mutter, rassemble en son sein des hommes de droite ayant été Résistants, et d'autres qui ne le furent pas, loin s'en faut ; il va capitaliser, faisant élire 35 élus aux législatives de juin 1946, une bonne partie de l'électorat resté pétainiste. En 1951, le PRL se fondra dans le Centre National des Indépendants et Paysans, le CNI, qui comptera entre 1956 et 1958 Jean-Marie Le Pen parmi ses députés et d'où seront issus en 1962 les Républicains Indépendants «giscardiens».
Quant aux plus virulents apôtres du fascisme et de la collaboration, ils reconstitueront - à l'écart de ce processus, qui historiquement s'adresse essentiellement aux «notables» - des groupuscules néofascistes, tel le «Mouvement Jeune Nation» fondé en 1949 par Pierre Sidos. Fils de François Sidos, haut responsable de la Milice fusillé en 1946, et lui-même ancien cadet du Francisme de Marcel Bucard, l'un des partis de la Collaboration, Pierre Sidos, âgé fin 2014 de 87 ans, emprisonné pour soutien à l'OAS à la fin de la Guerre d'Algérie, créa en 1964 le mouvement «Occident», connu pour sa violence et dont furent membres lors de leur jeunesse étudiante des hommes politiques contemporains, puis fondera en 1968 le mouvement l'«Oeuvre française», qu'il présidera jusqu'en 2011.
«L'oeuvre française» a été très présente dans les manifestations du début 2013 contre le «Mariage pour tous» ; un processus de dissolution  a été entamé le 24 juillet 2013, Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, ayant notamment déclaré à  son propos qu'elle était une «association qui propage une idéologie xénophobe et antisémite, des thèses racistes et négationnistes, qui exalte la Collaboration et le Régime de Vichy, et qui rend des hommages réguliers au Maréchal Pétain, à Brasillach ou Maurras».
En France, comme dans tous les autres pays d'Europe occidentale, où le souvenir de l'Occupation, des compromissions avec l'Occupant et des crimes nazis est longtemps resté très présent dans les mémoires personnelles du plus grand nombre, le discours de l'extrême-droite fascisante - «radicale» dirait-on aujourd'hui qui n'hésite pas à se référer ouvertement à Pétain, Mussolini voire Hitler, à vanter les «exploits» des Waffen-SS français voire ceux de la Milice, et à avoir un discours restant antisémite, la confinera jusqu'au début des années 1970 dans une multitude de micro-organisations affectées par des scissions motivées le plus souvent par des surenchères dans l'extrémisme et par les rivalités de «Chefs».
Toutefois, cette marginalité aura commencé à reculer à partir de 1956 lors des élections législatives, quand le mouvement Poujade, né d'une révolte de commerçant contre un contrôle fiscal, obtiendra - sur la base d'un discours que l'on appellerait aujourd'hui «populiste» et alors que s'amorcent des mutations économiques et sociales dont pâtiront des couches sociales entières, en premier lieu le petit commerce confronté aux premiers supermarchés - plus de 2 000 000 de voix (12%), faisant élire sous l'étiquette «Union et Fraternité Française» 52 députés ; dont Jean-Marie Le Pen.
Les guerres coloniales, en Indochine et en Algérie, ainsi que l'hostilité tant au communisme qu'au Mouvement de libération nationale, rapprocheront aussi des secteurs de l'extrême-droite avec des secteurs de la droite, tels ceux favorables à l'Algérie française : ils se retrouveront au sein de divers mouvements politiques, dans l'OAS clandestine. Le retour en France dans des circonstances traumatisantes des Européens d'Algérie donnera, pour une part et pour un temps, une base électorale notable à la droite extrême ; ce qui se concrétisera lors de l'élection présidentielle du 5 décembre 1965 avec la candidature de Jean-Louis Tixier-Vignancour, dont le Directeur de campagne sera Jean-Marie Le Pen et qui recueillera 1 260 208 voix, soit 5,2 % des suffrages, arrivant en quatrième position derrière de Gaulle, Mitterrand et Lecanuet.
Fondé nous l'avons vu en 1972 sous la présidence de Le Pen, le Front National ne recueillera pour ses premières participations électorales que 1,32% aux législatives de 1973, et seulement 0,75% lors de l'élection présidentielle de 1974, consécutive au décès de Georges Pompidou. Ce n'est que dix ans plus tard, en 1984, que le Front National - avec 10,95% des voix et 10 élus - obtiendra à l'occasion des élections européennes un résultat l'établissant de manière notable dans le paysage électoral national ; ce que confirmeront en mars1986 les élections législatives, le Front National faisant élire au scrutin proportionnel 35 députés en recueillant 2 700 000 voix (9,65%).
Les élections régionales organisées simultanément aux législatives de 1986 lui permettront de faire élire 137 conseillers et de nouer de premières alliances locales avec des formations se situant à droite de l'échiquier politique, auxquelles le FN permet d'obtenir la Présidence de 7 Régions, entrant dans l'exécutif de quatre puis six d'entre elles. Ce qui sera renouvelé lors des régionales de 1998, Charles Baur en Picardie, Jacques Blanc en Languedoc-Roussillon, Bernard Harang dans la Région Centre, Charles Millon en Rhône-Alpes et Jean-Pierre Soisson en Bourgogne acceptant de nouer des alliances avec le Front National pour se faire élire à la tête de leurs régions.
Pendant près de vingt ans, l'audience du Front National, pouvant être affectée conjoncturellement - comme en 1999 lors de la scission mégrétiste - s'enracinera peu à peu dans les réalités locales (Conseils généraux et régionaux, conseils municipaux) et nationales (14,38% à la présidentielle de 1988, 15% en 1995, 16,86% à celle de 2002 qui un véritable électrochoc et plaça Le Pen au 2ème tour).
Cette montée de l'extrême-droite n'est pas constatée qu'en France mais aussi dans quasiment tous les pays d'Europe, du Nord au sud, de l'est à l'ouest, réhabilitant parfois et souvent même - ceux qui collaborèrent avec les nazis ; la xénophobie et le racisme-anti-immigrés prenant de graves proportions, l'hostilité à  l'égard de minorités ethniques ou religieuses grandissant.
Ainsi l'extrême-droite xénophobe a été associée ces dernières années au pouvoir en Italie, en Autriche, elle a été dans la majorité parlementaire aux Pays-Bas, les dernières élections grecques ont fait - dans un contexte de grave crise économique et sociale - entrer une vingtaine de députés néo-nazis du parti de l'«Aube Dorée» au parlement grec.
En Norvège, depuis les élections de septembre 2013, l'extrême-droite compte 7 ministres sur 18, la «Marine Le Pen» locale étant ministre des Finances. L'évolution de la Hongrie est des plus inquiétantes : lors des élections législatives du 6 avril dernier, le parti antisémite, anti-Roms et ultra-nationaliste Jobbik a recueilli plus de 20% des voix ; quant au Fidesz, le parti du premier ministre Orban, anti-démocratique et qui a été condamné au Parlement européen pour ses atteintes à la liberté de la Presse et ses attaques contre la justice, il a obtenu 44,45% des voix.
Cette progression de l'extrême-droite est - comme dans l'entre-deux guerres mais évidemment dans un contexte concret différent - la conséquence de la crise sociale, morale, économique, politique et institutionnelle que vivent nos sociétés dans un processus de mondialisation qui affecte les modes de production et d'échanges, paupérisant de larges couches sociales dans les pays développés et y développant le chômage, jetant sur les routes périlleuses de l'émigration des populations entières de ce qu'on a appelé le Tiers-monde, ce qui suscite des craintes dans les sociétés européennes fragilisées, d'autant plus grandes qu'elles sont sciemment instrumentalisées.
Elle est aussi la conséquence de l'effondrement de ce qu'on a appelé les «Pays socialistes», qui étaient perçus à tort ou à raison - comme une possibilité de société alternative à la société occidentale, ce qui représentait pour une part importante des populations une espérance ; la désespérance qui s'en est ensuivie étant accentuée sur le plan intérieur de chaque pays par des similitudes de politique quelles que soient les formations au pouvoir, sentiment qu'aggravent les formules de «grande coalition» ruinant l'idée d'alternance alternative, donnant du crédit aux diatribes contre le «système».
Et elle l'est aussi de l'éloignement historique d'avec la période de l'entre-deux guerres et de la guerre, la disparition qui s'accentue chaque jour de celles et ceux qui furent les témoins de la montée du fascisme, des crimes abominables que les idées qu'il professait - en premier lieu le racisme et l'hostilité contre les immigrés - ont générés, permettant aux partis démagogiques et xénophobes qui en sont les héritiers contemporains d'«oublier» leur passif historique, et d'apparaitre aux yeux de nombre de nos contemporains comme des partis neufs aux mains propres, alors qu'ils sont porteurs de vieilles idées ; des plus sales.

Un combat à mener avec constance
Le combat contre ce que représente le Front National, et d'autres mouvements d'extrême-droite, c'est-à-dire le combat contre la xénophobie, le racisme, les réminiscences du pétainisme, l'esprit antidémocratique, le négationnisme historique, le néofascisme, nécessite plus que jamais que nous lui portions toute notre attention.
La vigilance doit en effet demeurer constante, et le combat doit être mené sans relâche contre les idées d'extrême-droite, qu'elles s'expriment par la bouche des Le Pen, père et fille, sous la forme relookée des «identitaires» ou de manière plus «soft» comme lors du débat sur l'identité nationale ou lors de celui sur la la cité ; d'autant plus que Marine Le Pen n'hésite pas à brouiller les cartes, allant jusqu'à  évoquer Jean Moulin alors même qu'elle est en train de tenir des propos violemment xénophobes.
Les «Identitaires», courant de l'extrême-droite dite radicale, s'appellent à Grenoble «Les maquisards du Dauphiné», ceux de Lyon «France d'Abord, les Résistants du Lyonnais», reprennent le «Chant des Partisans», cherchent à s'assimiler aux Résistants, leur rendant hommage pour s'être opposés hier à l'invasion étrangère allemande comme eux s'opposeraient aujourd'hui à ce qu'ils appellent «l'invasion étrangère», c'est-à-dire aux immigrés. Le responsable de la communication du Front National appelle à défendre le Programme du CNR, hommage est rendu par Marine Le Pen à de Gaulle, défenseur à la Libération de l'indépendance nationale face aux Anglo-américains, comme elle le ferait aujourd'hui à l'égard de l'Union européenne ; l'on connaît le discours.
Marine Le Pen s'est employée à dépasser le seuil des 15 à 20% des voix que les outrances verbales de Jean-Marie Le Pen interdisaient au Front National de faire. Cette démarche dite de «dédiabolisation» concerne à la fois la maitrise du discours, en gommant provocations et ton tonitruant, et le positionnement, en intégrant au discours frontiste des revendications de caractère social  tout en continuant à stigmatiser les immigrés, en premier lieu les Roms, cibles privilégiées avec les musulmans des partis d'extrême-droite dans toute l'Europe. Une démarche de dédiabolisation qui est aussi celle des partis d'extrême-droite participant au pouvoir ou pensant se trouver à sa porte : en Norvège, au Danemark, aux Pays-Bas, en Belgique, en Autriche, en Italie, en Grande-Bretagne.
Un gros travail d'explication et de clarification est donc à faire pour démasquer la tartufferie de ceux qui n'hésitent pas à se servir des mots de la Résistance pour en trahir l'esprit, pour éconduire toute sollicitation à joindre nos noms, notre nom sur des textes pouvant permettre - comme ce fut le cas lors du débat sur la constitution européenne - de fâcheuses confusions. Et aussi être vigilants contre tout entrisme dans nos rangs, ce qui, dans le contexte où un électeur sur quatre ou cinq l'est potentiellement du FN, où un électeur sur trois déclare en partager les idées, est une éventualité qu'on ne peut écarter.
Nous devons lutter contre l'acceptation du négationnisme fut-il soft, comme dans ces émissions de télévision ou ces livres d'historiens locaux qui, sous couvert d'«objectivité» que permettrait le recul du temps écoulé, présentent les faits d'il y a soixante-dix ans en les décontextualisant, induisant une fausse symétrie entre l'action de la Résistance et celle des forces de répression du Régime pétainiste.
Il en va de même de la rhétorique mise en oeuvre lors des débats de la dernière campagne présidentielle et qui continue depuis, à savoir l'inadmissible parallèle fait entre le Front National, porté sur les fonts baptismaux notamment par des anciens Waffen SS et membre de la Milice qui fusilla des Résistants, et qui a ainsi dans son héritage des fusilleurs, et le Front de Gauche, dont les formations qui le composent sont - quel que soit l'accord ou le désaccord que l'on puisse avoir avec elles - héritières, avec d'autres, des fusillés de la Résistance ; une rhétorique qui participe elle aussi à la falsification de l'Histoire.
Nous devons aussi mettre en garde contre tous les glissements estompant la frontière qui doit clairement exister entre les idées démocratiques et les idées liberticides, en étant vigilants à l'égard de toute contamination de la vie publique par ces idées - notamment dans les domaines de la sécurité et de l'immigration qui diffusent dans des formations politiques au-delà de l'extrême-droite et dans la société. Nous avons là encore l'expérience de la campagne du second tour de l'élection présidentielle de 2012, qui avait pris à cet égard une tonalité des plus inquiétantes : n'a-t-on pas entendu le ministre de la Défense d'alors, Gérard Longuet, dire que Marine Le Pen était une interlocutrice possible ! N'a-t-on pas entendu dire par certains que le Front National était un parti républicain, avec lequel des valeurs communes étaient partagées.
C'est dire l'importance de ce combat antifasciste qu'est la transmission de la mémoire aux générations contemporaines et futures de ce que fut la réalité du fascisme au pouvoir, de ce à quoi conduisirent les idées xénophobes qui se répandirent entre les deux guerres et les mesures liberticides qui les accompagnèrent, car cela est essentiel pour aider à clarifier les enjeux du présent, pour faire échec à ceux qui aujourd'hui essaient de les masquer en falsifiant ce que furent ceux du passé.
C'est dire aussi que cette clarification des enjeux implique de garder aux mots leur sens, celui de «fascisme» ayant pris tragiquement le sien entre 1920 et 1945, associé qu'il fut à une pratique criminelle de l'exercice du pouvoir. Il ne saurait donc - heureusement - être plaqué sur notre réalité française actuelle, même si d'éventuels manquements à la démocratie politique et sociale peuvent s'y produire ; sous peine de donner une idée fausse et sous-estimée - de la dangerosité du fascisme, du fascisme au pouvoir, qui est d'une autre nature.
De même qu'une expression «Résistants d'hier et d'aujourd'hui» ne permet pas de mesurer ce qu'a pu représenter la spécificité de l'engagement dans la Résistance et les sacrifices qui en ont découlé, par rapport au combat syndical ou social. Ce combat, commencé au 19ème siècle qui vit naître, sous la «Monarchie de Juillet», des «sociétés de résistance», avec un «r» minuscule, premières formes de structures de type syndical, ainsi appelées par leurs initiateurs alors même qu'ils ne pouvaient envisager - pour une raison des plus évidentes et première - de se comparer ni même de se référer à la Résistance, avec un «R» majuscule, période historique du siècle suivant.
Gardons aussi leur spécificité aux lieux de mémoire tombèrent, fraternellement unis contre l'ennemi commun qu'était l'occupant nazi et ses valets, des FTP et des membres de l'AS ou de l'ORA, des hommes de droite et de gauche, des ouvriers et parfois des patrons, des croyants et incroyants. Ce qui interdit - ou devrait interdire - de tenter de les «annexer» une tendance politique particulière, qu'elle soit de droite ou de gauche.

La mission de l'ANACR
Transmettre la connaissance de cette triste réalité que fut le fascisme au pouvoir, transmettre la mémoire de ce qu'a été le combat antifasciste et patriotique des Résistants et des sacrifices qui l'accompagnèrent, transmettre les valeurs humanistes et démocratiques de la Résistance qui, par le programme du CNR, ont inspiré jusqu'à nos jours nos institutions et notre pacte social, telle a été la motivation profonde de la lutte que pendant vingt-cinq ans, depuis qu'en 1989 Jean Buisson en concrétisa une première réalisation dans la Drâme, l'ANACR, rejointe au fil des ans par d'autres associations puis par l'UFAC - a mené sans relâche, avec opiniâtreté pour obtenir l'instauration le 27 mai d'une Journée Nationale de la Résistance, en l'enracinant dans les réalités locales ; ses comités départementaux recueillant le soutien de centaines de parlementaires, l'appui de centaines de conseils municipaux, de Conseils généraux et régionaux. Une «Journée Nationale» devant être un moment privilégié pour la transmission de cette mémoire et de ces valeurs aux jeunes générations, en premier lieu aux jeunes scolaires dont la participation - qu'il convient de développer - au Concours National de la Résistance et de la Déportation est un motif de confiance dans l'avenir...
Votée par le Parlement, promulguée par Monsieur le Président de la République le 19 juillet 2013, la «Journée Nationale de la Résistance», inscrite désormais dans le calendrier mémoriel de la Nation, a été célébrée pour la première fois le 27 mai 2014, dans la grande majorité des départements. Il va falloir la faire vivre dans la durée, car elle ne saurait se réduire à des dépôts de gerbes et cérémonies devant les monuments et stèles, et l'on doit veiller à lui garder aussi le caractère associatif et populaire qui lui a été donné au fil des années, avec la participation visible et l'expression publique des Associations lors des cérémonies, avec les conférences, expositions, projections de films associées que nous avons organisées, avec les interventions dans les établissements scolaires, les foyers sociaux, etc.
L'ANACR est aussi très attachée, et pas seulement par «devoir de mémoire» mais aussi parce que cela répond à un «besoin de mémoire», à la préservation des plaques, stèles, monuments et lieux de mémoire qui matérialisent dans l'espace public les sacrifices des Résistant(e)s, aux cérémonies qui leur rendent hommage.
Aujourd'hui, l' ANACR est sans conteste l'Association qui regroupe le plus d'Anciennes Résistantes et Anciens Résistants et le plus de passeurs de mémoire de la Résistance, que sont les Ami(e)s de la Résistance. C'est dire quelle est sa responsabilité dans la poursuite du combat des Résistant(e)s contre le fascisme, son rôle centré sur le passage de la mémoire - donc différent de celui des Partis politiques et des syndicats qui se situe dans le champ politique et social du débat citoyen - est à cet égard de grande importance : il apporte une dimension spécifique supplémentaire, indispensable, au combat démocratique.
Ce combat démocratique dans lequel l'ANACR entend prendre toute sa place, en rassemblant - pour le mener dans la fidélité à  ce que fut la Résistance et à sa démarche depuis sa création en 1954, et au-delà  de leurs différences d'opinion sur l'organisation de la société et la conduite des affaires publiques - des femmes et des hommes de toutes sensibilités, de tous partis républicains de gauche, du centre et de droite, de tous syndicats, de toutes associations démocratiques, sur cet objectif qui doit nous être commun : contribuer à barrer la route à toute résurgence du fascisme.

"Savoir, c'est se souvenir", l'ANACR fait sienne cette maxime du philosophe grec antique Aristote. N'oublions pas l'histoire et ses enseignements : c'est parce que les peuples se souviendront du passé que, sachant ce qu'il fut, ils sauront mieux faire échec aux menaces du présent.

 

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