La genèse du Programme du CNR

Depuis le 21 juin 1941, date de l'attaque nazie contre l'URSS, et le 7 décembre 1941, qui est celle de l'attaque japonaise contre les Etats-Unis à Pearl Harbour, le conflit entamé le 1er septembre 1939 en Europe par l'attaque allemande contre la Pologne est devenu une guerre mondiale s'étendant à l'Afrique, au Proche-Orient, à l'Asie et au Pacifique.
Au début 1942, les forces allemandes sont aux portes de Moscou, les germano-italiens approchent du Canal de Suez, les Japonais envahissent les Philippines, les Indes néerlandaises, la Birmanie et la Malaisie, le Pacifique central…
Dans les pays envahis, des gouvernements de fait ou administrations aux ordres des occupants mettent en place - avec la coopération d'une partie notable des élites économiques, politiques, administratives et religieuses - les structures d'un "ordre nouveau" s'inspirant des vainqueurs, avec lesquels ils coopèrent et dont la victoire finale leur semble inéluctable ; en France, cela s'appelle la "Révolution nationale" et la politique de "collaboration", mises en œuvre par Pétain, Laval, Darlan et le régime de l'Etat français
Mais, au printemps 1942, la contre-offensive soviétique sur le front central a dégagé Moscou, par l'opération Torch, les Anglo-américains ont débarqué au Maroc et en Algérie le 8 novembre et en ont pris le contrôle, avec pour corollaire l'invasion de la zone sud de la France par la Wehrmacht, qui met fin à la fiction de l'"indépendance" de l'Etat Français.
Dans le Pacifique, la flotte japonaise a été battue du 3 au 7 juin par la flotte américaine à Midway.
Quant à la dernière offensive des nazis en URSS, elle les mène le 21 août 1942… dans les faubourgs de Stalingrad où, encerclée par une contre-offensive soviétique ayant débuté le 22 novembre, la 6ème armée allemande du Maréchal von Paulus capitule le 2 février 1943 : 380 000 tués, blessés et prisonniers.
Début 1943, une évidence s'impose : l'Allemagne nazie, les forces de l'Axe peuvent être vaincues. Dès lors, l'après-guerre victorieux devient une probabilité dont il apparait nécessaire de dessiner les contours au plan international et sur le plan national. Cette exigence de réflexion sur la France d'après-guerre va susciter tout au long de l'année 1943 l'élaboration de plusieurs projets.


Six projets en débat

Chronologiquement, le premier est publié dans le Populaire clandestin (n° 16, 16 janvier/1er février 1943) par le Comité d'Action Socialiste sous le titre "NOTRE PROGRAMME" : il préconise notamment, outre des mesures de rétablissement des libertés démocratique et de châtiment des traitres, la mise en place d'un "Conseil National politique (…) chargé, au nom de la France et des colonies, de suivre les négociations de paix et de préparer l'élection au suffrage universel (celui des femmes compris) de la future Assemblée constituante", l'"élaboration d'un statut colonial tendant à l'émancipation progressive des populations indigènes".
Ainsi que la mise en place d'un "Conseil National économique, chargé de traduire dans les faits le caractère social et non privé de la production des échanges et de la consommation. Le gouvernement devra poursuivre l'élimination des trusts du champ de la vie nationale et coloniale, l'abolition progressive de la concurrence et du profit…" et "la nationalisation du crédit et des banques, des compagnies d'assurances, des industries et du commerce extérieur ".
Sur le plan extérieur, il se prononce pour une "solide organisation internationale…" créant un "super-Etat auquel les Nations remettront une partie de leur souveraineté".
Ce texte sera suivi en juin 1943 (Le Populaire n°23) - donc après la création du CNR - par la publication par le Parti socialiste reconstitué d'un "PROGRAMME COMMUN A LA RESISTANCE FRANÇAISE", qui reprend pour l'essentiel les dispositions du programme publié en janvier. Toutefois, il évoque la cogestion dans les grandes et moyennes entreprises, le "super-Etat" y est développé en "Société des Etats-Unis du monde" ayant le droit de "contrôle sur la constitution politique des Etats membres". Du Commissariat à l'Intérieur du Comité Français de Libération Nationale arrivera depuis Londres au début de l'été 1943 le "PROJET LAFFON", proche de ceux des socialistes, qui évoque aussi "les abandons nécessaires de souveraineté interviendront volontairement et simultanément au profit d'une Communauté d'États supérieure" appelée "Ligue universelle". Ce projet Laffon suggère le "renforcement de l'exécutif", reprend l'idée de l'élimination préalable des féodalités économiques irresponsables devant le peuple. Seront socialisés les monopoles et les entreprises dont la gestion ne peut être laissée sans danger aux grands intérêts privés : électricité, houillères, assurances (…), grandes banques distributives du Crédit…."
En septembre 1943 est publié le "PROGRAMME D'ACTION D'APRES-GUERRE" de la CGT, qui a la particularité de faire sur plusieurs points des propositions doubles, traduisant la persistance des différences en les courants "ex-confédérés " et "ex-unitaires ". Ainsi les ex-unitaires demandent le contrôle syndical sur l'embauche, les ex-confédérés la création d'"offices de placement" gérés par l'Etat, les premiers demandent la suppression des Comités d'organisation pétainistes des branches économiques, les seconds leur réorganisation en en chassant les trusts et en faisant nommer par l'Etat leurs dirigeants choisis parmi les fonctionnaires, etc.
Quant au "RAPPORT SUR LA POLITIQUE ECONOMIQUE D'APRES-GUERRE", appelé aussi "Rapport Courtin", du nom de son principal rédacteur, il est présenté par le "Comité National d'Etudes", organisme de réflexion créé à Lyon en 1942 et qui s'est transporté à Paris en juillet 1943. Concédant aux aspirations largement répandues parmi les Résistants, le Rapport du CNE évoque la nécessité de nationalisations "pour des raisons économiques, sociales et politiques" mais y voit un "danger de nouvelle oligarchie… plus pesante encore que celle du capitalisme", affirme la volonté de "s'engager hardiment dans la voie de l'économie planifiée" mais aussi… "qu'il est vain de se livrer à des prévisions et dangereux de fixer par avance la structure de l'économie française ".
Deux parmi les nombreuses contradictions du rapport Courtin, sévèrement critiqué par le Parti Communiste, qui s'était aussi élevé contre la notion de super-Etat présente dans les Projets socialistes et le Projet Laffon.
C'est le 26 novembre 1943, lors de la deuxième réunion plénière du C.N.R 86, rue de Gergovie, que Pierre Villon - qui l'a rédigé - dépose au nom du "Front National de lutte…" un "PROJET DE CHARTE DE LA RESISTANCE", qui a pour particularité par rapport aux cinq précédents d'appeler à la lutte immédiate : "Le CNR - peut-on y lire - constate que les Français ne peuvent plus se contenter d'une résistance passive dans l'attente d'une aide extérieure, mais qu'ils doivent faire la guerre à l'occupant, qu'ils doivent par leur action préparer les conditions de l'insurrection nationale (…). Le CNR, pour mobiliser les ressources immenses d'énergie de notre peuple (…) décide d'inviter les militants des organisations de Résistance… à s'unir dans le combat en créant partout… des comités de patriotes (Comités de la Libération, comités de la Résistance, de la France combattante, etc….), avec notamment pour missions de "développer la lutte contre la déportation…, de saboter et paralyser la production destinée à l'ennemi et ses transports par route, par fer et par eau…, de faciliter aux FFI la constitution de formations armées de patriotes…" Et le "Projet de Charte de la Résistance…" d'énumérer des mesures à mettre en œuvre après la Libération, notamment "le droit au travail et au repos, la subordination de l'économie par rapport à l'intérêt général…, une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours…, le retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés".


Trois mois d'élaboration

Le "Projet de Charte" ayant soulevé des objections de Daniel Mayer, il fut décidé de le renvoyer devant le Bureau du CNR (Bidault, Blocq-Mascart, Copeau, Saillant, Villon). Avec la participation de Jacques Bingen, Délégué général du CFLN par intérim, le Bureau du CNR va se réunir une fois puis deux fois par semaine, en décembre et janvier. Ayant lié les propositions pour l'après-guerre au développement de la lutte pour la Libération qui conditionne leur mise en œuvre, c'est par cette cohérence le "Projet de Charte" du FN de Lutte (FNL) qui va être retenu comme base de discussion.
En janvier 1944, le Bureau du CNR adopte une "Charte de la Résistance", assez proche du Projet du FNL, qui est transmise à tous les membres du Bureau. Certains d'entre eux ayant émis des critiques, le texte est communiqué pour avis au Comité Directeur des "Mouvements Unis de Résistance" (M.U.R.), qui élargit la consultation à des mouvements non membres du CNR ("Défense de la France", "France au Combat", "Résistance"), avec lesquels les M.U.R. forment le "Mouvement de Libération Nationale" (MLN).
Le "Projet de Charte" révisé par le Comité Directeur du MLN va être adopté par le Bureau du CNR le 28 février sous le nom de "Programme d'action de la Résistance". D'ultimes modifications seront encore apportées début mars par le Parti socialiste, qui donne finalement son accord au texte du "Programme" qui va être adopté à l'unanimité par le Bureau du CNR le 14 mars 1944.
Il a fallu pour aboutir à cette unanimité faire, tout au long du processus d'élaboration, des compromis et des ajustements de formulation, tant en ce qui concerne l'action immédiate que les questions économiques et sociales, accepter même que ne soient pas évoqués des thèmes tels la laïcité ou le vote des femmes ; et tous les votes d'adhésion au texte final n'auront pas la même force.
Seul le journal clandestin Libération, organe du MLN, publiera intégralement le "Programme d'Action de la Résistance", dont la diffusion clandestine sera limitée mais qui sera la référence la Libération venue.



Programme du Conseil National de la Résistance


publié le 15 mars 1944 dans la clandestinité sous le titre “Les Jours Heureux”

Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la Résistance n’a pas d’autre raison d’être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée.
Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n’est, en effet, qu’en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l’image de sa grandeur et la preuve de son unité.
Aussi les représentants des organisations de la Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.,
délibérant en assemblée plénière le 15 mars 1944,
ont-ils décidé de s’unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d’action immédiate contre l’oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la Libération du territoire, un ordre social plus juste.

I - Plan d'action immédiate
Les représentants des organisations de résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.,
expriment leur angoisse devant la destruction physique de la Nation que l’oppresseur hitlérien poursuit avec l’aide des hommes de Vichy, par le pillage, par la suppression de toute production utile aux Français, par la famine organisée, par le maintien dans les camps d’un million de prisonniers, par la déportation d’ouvriers au nombre de plusieurs centaines de milliers, par l’emprisonnement de 300.000 Français et par l’exécution des patriotes les plus valeureux, dont déjà plus de 50.000 sont tombés pour la France.
Ils proclament leur volonté de délivrer la patrie en collaborant étroitement aux opérations militaires que l’armée française et les armées alliées entreprendront sur le continent, mais aussi de hâter cette libération, d’abréger les souffrances de notre peuple, de sauver l’avenir de la France en intensifiant sans cesse et par tous les moyens la lutte contre l’envahisseur et ses agents, commencée dès 1940.
Ils adjurent les gouvernements anglais et américain de ne pas décevoir plus longtemps l’espoir et la confiance que la France, comme tous les peuples opprimés de l’Europe, a placés dans leur volonté d’abattre l’Allemagne nazie, par le déclenchement d’opérations militaires de grande envergure qui assureront, aussi vite que possible, la libération des territoires envahis et permettront ainsi aux Français qui sont sur notre sol de se joindre aux armées alliées pour l’épreuve décisive.
Ils insistent auprès du Comité Français de la Libération Nationale pour qu’il mette tout en œuvre afin d’obtenir les armes nécessaires et de les mettre à la disposition des patriotes. Ils constatent que les Français qui ont su organiser la résistance ne veulent pas et d’ailleurs ne peuvent pas se contenter d’une attitude passive dans l’attente d’une aide extérieure, mais qu’ils veulent faire la guerre, qu’ils veulent et qu’ils doivent développer leur résistance armée contre l’envahisseur et contre l’oppresseur.
Ils constatent, en outre, que la Résistance Française doit ou se battre ou disparaître ; qu’après avoir agi de façon défensive, elle a pris maintenant un caractère offensif et que seuls le développement et la généralisation de l’offensive des Français contre l’ennemi lui permettront de subsister et de vaincre.
Ils constatent enfin que la multiplication des grèves, l’ampleur des arrêts de travail le 11 Novembre qui, dans beaucoup de cas, ont été réalisés dans l’union des patrons et des ouvriers, l’échec infligé au plan de déportation des jeunes français en Allemagne, le magnifique combat que mènent tous les jours, avec l’appui des populations, dans les Alpes, dans le Massif Central, dans les Pyrénées et dans les Cévennes, les jeunes Français des maquis, avant garde de l’armée de la Libération, démontrent avec éclat que notre peuple est tout entier engagé dans la lutte et qu’il doit poursuivre et accroître cette lutte.
En conséquence, les représentants des organisations de résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.
Déclarent que c’est seulement par l’organisation, l’intensification de la lutte menée par les forces armées, par les organisations constituées, par les masses, que pourra être réalisée l’union véritable de toutes les forces patriotiques pour la réalisation de la libération nationale inséparable, comme l’a dit le Général De Gaulle, de l’insurrection nationale qui, ainsi préparée, sera dirigée par le C.N.R, sous l’autorité du C.F.L.N, dès que les circonstances politiques et militaires permettront d’assurer, même au prix de lourds sacrifices, son succès.
Ils ont l’espoir que les opérations de la Libération du pays, prévues par le plan de l’état major interallié, pourront ainsi être, le cas échéant, avancées grâce à l’aide apportée par les Français dans la lutte engagée contre l’ennemi commun, ainsi que l’a démontré l’exemple glorieux des patriotes corses.
Ils affirment solennellement que la France qui, malgré l’armistice, a poursuivi sans trêve la guerre, entend plus que jamais développer la lutte pour participer à la libération et à la victoire.

* * *

Pour mobiliser les ressources immenses d’énergie du peuple français, pour les diriger vers l’action salvatrice dans l’union de toutes les volontés, le C.N.R décide :
D’inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d’entreprises, par la coordination des formations qui existent actuellement, par la formation de comités là où rien n’existe encore et à enrôler les patriotes non organisés.
Tous ces comités seront placés sous la direction des comités départementaux de la libération (C.D.L). Ils seront soumis à l’autorité des C.D.L qui leur transmettront, comme directives, la plate-forme d’action et la ligne politique déterminée par le C.N.R.
Le but de ces comités sera, à l’échelon communal, local et d’entreprise, de faire participer de façon effective tous les Français à la lutte contre l’ennemi et contre ses agents de Vichy, aussi bien par la solidarité et l’assistance active à l’égard des patriotes sous l’impulsion et le soutien donnés aux revendications vitales de notre peuple. Par dessus tout, leur tâche essentielle sera de mobiliser et d’entraîner les Français qu’ils auront su grouper à l’action armée pour la Libération.
Ces comités devront, selon les circonstances et en se conformant aux instructions données par les C.D.L, appuyer et guider toutes les actions menées par les Français contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation imposées par l’ennemi, de l’extérieur et de l’intérieur.

Ces comités devront :

1) Développer la lutte contre la déportation et aider les réfractaires à se cacher, à se nourrir, à se vêtir et à se défendre, enlevant ainsi des forces à l’ennemi et augmentant le potentiel humain de la résistance ;

2) Traquer et punir les agents de la Gestapo et de la Milice de DARNAND ainsi que les mouchards et les traîtres ;

3) Développer l’esprit de lutte effective en vue de la répression des nazis et des fascistes français ;

4) Développer, d’une part, la solidarité envers les emprisonnés et déportés ; d’autre part, la solidarité envers les familles de toutes les victimes de la terreur hitlérienne et vichyssoise ;

5) En accord avec les organisations syndicales résistantes, combattre pour la vie et la santé des Français pour une lutte quotidienne et incessante, par des pétitions, des manifestations et des grèves, afin d’obtenir l’augmentation des salaires et traitements, bloqués par Vichy et les Allemands, et des rations alimentaires et attributions de produits de première qualité, réduites par la réglementation de Vichy et les réquisitions de l’ennemi, de façon à rendre à la population un minimum de vital en matière d’alimentation, de chauffage et d’habillement ;

6) Défendre les conditions de vie des anciens combattants, des prisonniers, des femmes de prisonniers, en organisant la lutte pour toutes les revendications particulières ;

7) Mener la lutte contre les réquisitions de produits agricoles, de matières premières et d’installations industrielles pour le compte de l’ennemi ; saboter et paralyser la production destinée à l’ennemi et ses transports par routes, par fer et par eau ;

8) Défendre à l’intérieur de la corporation agricole les producteurs contre les prélèvements excessifs, contre les taxes insuffisantes, et lutter pour le remplacement des syndicats à la solde de Vichy et de l’Allemagne par des paysans dévoués à la cause de la paysannerie française.
Tout en luttant de cette façon et grâce à l’appui de solidarité et de combativité que développe cette lutte, les comités de villes, de villages et d’entreprises devront en outre :
a) Renforcer les organisations armées des Forces Françaises de l’Intérieur par l’accroissement des groupes de patriotes : groupes francs, francs-tireurs et partisans, recrutés en particulier parmi les réfractaires ;
b) En accord avec les états-majors nationaux, régionaux et départementaux des F.F.I, organiser des milices patriotiques dans les villes, les campagnes et les entreprises, dont l’encadrement sera facilité par des ingénieurs, techniciens, instituteurs, fonctionnaires et cadres de réserve, et qui sont destinés à défendre l’ordre public, la vie et les biens des Français contre la terreur et la provocation, assurer et maintenir l’établissement effectif de l’autorité des Comités départementaux de la Libération sur tout ce qui aura été ou sera créé dans ce domaine pour le strict rattachement aux F.F.I dont l’autorité et la discipline doivent être respectées par tous.

Pour assurer la pleine efficacité des mesures énoncées ci-dessus, le C.N.R prescrit que l’état-major national des Forces Françaises de l’Intérieur, tout en préparant minutieusement la coopération avec les Alliés en cas de débarquement, doit :

1) Donner ordre à toutes les formations des F.F.I de combattre dès maintenant l’ennemi en harcelant ses troupes, en paralysant ses transports, ses communications et ses productions de guerre, en capturant ses dépôts d’armes et de munitions afin d’en pourvoir les patriotes encore désarmés ;

2) Faire distribuer les dépôts d’armes encore inutilisés aux formations jugées par lui les plus aptes à se battre utilement dès à présent et dans l’avenir immédiat ;

3) Organiser de façon rationnelle la lutte suivant un plan établi avec les autorités compétentes à l’échelon régional, départemental ou local, pour obtenir le maximum d’efficacité ;

4) Coordonner l’action militaire avec l’action de résistance de la masse de la nation en proposant pour but aux organisations régionales paramilitaires d’appuyer et de protéger les manifestations patriotiques, les mouvements revendicatifs des femmes de prisonniers, des paysans et des ouvriers contre la police hitlérienne, d’empêcher les réquisitions de vivres et d’installations industrielles, les rafles organisées contre les réfractaires et les ouvriers en grève et défendre la vie et la liberté de tous les Français contre la barbare oppression de l’occupant provisoire.
Ainsi, par l’application des décisions du présent programme d’action commune, se fera, dans l’action, l’union étroite de tous les patriotes, sans distinction d’opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Ainsi se constituera dans la lutte une armée expérimentée, rompue au combat, dirigée par des cadres éprouvés devant le danger, une armée capable de jouer son rôle lorsque les conditions de l’insurrection nationale seront réalisées, armée qui élargira progressivement ses objectifs et son armement.
Ainsi, par l’effort et les sacrifices de tous, sera avancée l’heure de la libération du territoire national ; ainsi la vie de milliers de Français pourra être sauvée et d’immenses richesses pourront être préservées.
Ainsi dans le combat se forgera une France plus pure et plus forte capable d’entreprendre au lendemain de la libération la plus grande œuvre de reconstruction et de rénovation de la patrie.

II - Mesures à appliquer dès la libération du territoire
Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en œuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la libération :

1) Afin d’établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

2) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;

3) Afin d’exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir, l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d’occupation ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l’armistice par les gouvernements de l’axe et par leurs ressortissants, dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable ;

4) Afin d’assurer :
- l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;
- la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;
- la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères ;
- la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;
- l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;
- le respect de la personne humaine ;
- l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;

5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

a) Sur le plan économique :
- l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;
- une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes ;
- de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
- le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;
- le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
- droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

b) Sur le plan social :
- le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;
- un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
- la garantie du pouvoir d’achat national pour une politique tendant à une stabilité de la monnaie ;
- la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;
- un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’état ;
- la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;
- l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance contre les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;
- une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
- le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.
Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation.
Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l’action gouvernementale.
L’union des représentants de la Résistance pour l’action dans le présent et dans l’avenir, dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourrait freiner leur action et ne servir que l’ennemi.

En avant donc, dans l’union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N et de son président le général De Gaulle !

En avant pour le combat, en avant pour la victoire afin que VIVE LA FRANCE !

LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE


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