Les Livres
1061 COMPAGNONS
Par Jean-Christophe Notin


Cet ouvrage présente un grand intérêt, car il évoque tous les Compagnons de la Libération, non pas dans une suite de biographies, mais dans l'évocation des combats auxquels tous ont participé. Certes, la part n'est pas égale entre résistants "de l'extérieur" et "de l'intérieur". Nous savons bien que les F.F.I., et les R.I.F. furent très minoritaires dans l'attribution de la Croix de Compagnon de la Libération. Il est d'ailleurs facile de s'en rendre compte en ce livre, puisqu'il publie la liste de tous les titulaires de cette décoration, avec mention de la catégorie de résistants à laquelle ils appartinrent.
Comme l'auteur a pu recueillir les souvenirs d'environ 130 Compagnons, nombre de ses récits sont aussi vivants que précis. Nombre des faits rapportés sont connus, qu'ils concernent les tout premiers membres des F.F.L. ou les résistants " de l'intérieur " qui reçurent cette croix, parmi lesquels Lazare Pytkowicz (Louis Picot), actif dirigeant de l'A.N.A.C.R. de Paris.
Il convient de dire qu'en dehors de faits, de combats et de campagnes bien connus, l'ouvrage apporte, grâce aux témoins entendus, des détails rares notamment sur les événements d'Afrique, depuis les premiers actes du capitaine de Hauteclocque (qui devint le Maréchal Leclerc). La marche des ralliements à la France Libre puis les combats, le " raid " extraordinaire de la colonne Leclerc, les campagnes de Syrie, Bir-Hakeim, la Tunisie... sont rapportés de façon vivante comme il fut rarement fait, les détails personnels ajoutant souvent à la compréhension des événements historiques.
Comment ne partagerions-nous pas également certains désenchantements exprimés dans les jours qui suivirent la Libération ? Nous pensons aux plus anciens membres de la Première D.F.L., mutés en mars 1945 dans les Alpes françaises avec un objectif qui laisse rêveur: " Récupérer... les chasses accordées par Napoléon III au Roi Victor Emmanuel 1er en 1860 " (au moment où Nice et la Savoie devinrent françaises).
Quant au rang qui fut accordé à la Première D.F.L., sous le commandement de chefs qu'elle n'avait guère connus, lors du défilé de la Victoire, - le dernier - plusieurs ouvrages l'ont déjà à juste titre évoqué. Mais citons pour finir le cas de François Jacob. Gravement blessé à Mortain, l'état de l'un de ses bras va lui interdire la carrière à laquelle il aspire depuis toujours. Pendant son séjour au Val-de-grâce, il voit défiler les " carriéristes ", anciens camarades de Faculté, dont François Jacob dit: " En dépit de leur enthousiasme, je sentais bien qu'ils me prenaient pour un crétin, un exalté, un romantique, sympathique certes, mais peu réaliste, qui avait préféré aller se faire casser la gueule par idéalisme plutôt que de s'occuper de la santé des Français... " (sic pour les derniers mots). Pourtant, l'exalté, le romantique peu réaliste, passant de la médecine à la biologie, fut intégré dans le laboratoire de Jacques Monod (Commandant Malivert, des F.F.I.), et André Lwoff (lui-même F.F.L.)... et à eux trois ils enlevèrent, comme on sait...le Prix Nobel !
(Editions Perrin. 198 F)

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