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ROPARZ HEMON ET AUTRES AGENTS DE LA GESTAPO
CONFÉRENCE DE PRESSE À L'ASSEMBLÉE NATIONALE"

"Ami entends-tu" Journal de la Résistance bretonne n°113-2e trimestre 2000

Jean Le Jeune, ancien responsable des 13 000 F.T.P (17 bataillons), des Côtes-du-Nord, chef du bureau à l'État Major F.F.I (Commandant Emile) du Front de Lorient, Président d'honneur de l'A.N.A.C.R des Côtes d'Armor, Président du Comité pour l'étude de la Résistance Populaire dans ce département nous présente son intervention au nom de la Résistance devant les journalistes.
"Dans notre département, particulièrement résistant, nous avons payé très cher la reconquête de nos libertés : 1200 résistants tués, massacrés, torturés, fusillés et parfois même brûlés vifs. A ceux- là il faut ajouter 300 déportés qui ne sont pas revenus. Si l'occupant n'avait pas eu à son service une armée de mercenaires, milice, police, Bezenn Perrot et autres serviteurs de la Gestapo, nos pertes auraient été deux fois moins élevées."
Il en était de même dans les autres départements. Le colonel Morice, chef des FFI du Morbihan pouvait déclarer au procès de Rennes en 47 : "J'ai peine à imaginer le nombre de combattants, de résistants ou même d'innocents citoyens qui sont morts par la faute de ces Français passés au service de l'ennemi". L'appel de Himmler fut entendu en Bretagne aussi. "Nous formerons et éduquerons à l'intérieur des territoires occupés des hommes et des femmes dévoués à notre cause, prêts au sacrifice, décidés à faire triompher l'idéal de l'Europe Nouvelle...Ces hommes et ces femmes, Messieurs, seront notre fer de lance !". (Heinrich Himmler Reichsführer S.S.)
"La seule méthode payante consiste, pour nous , à introduire nos gens de confiance dans les réseaux adverses afin de connaître la composition de ceux-ci et de savoir les missions fixées pour Londres. Trouver de tels agents n'était pas très difficile. Il s'agissait pour la plupart d'aventuriers qui désiraient gagner de l'argent ou se procurer quelques avantages. Mais nous recrutâmes aussi des idéalistes sincèrement résolus à travailler pour l'Allemagne. Notre travail de recrutement en fut considérablement facilité". (Werner Ruppert, Chef de la Gestapo de Nantes, déclaration devant le tribunal militaire anglais en août 1947 à Hambourg).
Etaient-ils là par idéologie, par amour de l'ordre ou de l'argent ? C'était suivant le cas.
D'après les archives de la Gestapo saisies à la Libération, le nombre d'agents français engagés par les services de Ruppert est considérable : plus de 140 à Nantes, 37
à Quimper, 68 à Vannes, 52 à la Baule. Toutes les classes sociales y sont représentées; il y a bien entendu le pourcentage naturel d'aventuriers, maquereaux, voyous de toutes espèces, truands et trafiquants du marché noir. Mais il y aussi le commerçant, l'industriel, le notaire, le maçon, l'avocat, le professeur d'université.
Les procès ont été été bâclés à la Libération. Seuls quelques gestapistes de basses besognes ont payé.
Les dossiers de la Gestapo française en Bretagne, dit le Lieutenant Trequer, nous offraient un spectacle accablant. "Je vais vous dire ceci : je considère personnellement que des chroniqueurs de radio, orateurs, journalistes, homme politiques furent infiniment plus criminels que les pires gestapistes. Hélas! les cours de justice et les tribunaux ont adopté d'autres critères. On a fusillé les gestapistes mais ceux qui les ont incité à le devenir n'eurent en général qu'à répondre que d'un délit d'opinion. Je considère cela comme un véritable scandale. Mais je n'étais pas juge, J'étais simplement policier."
Les plus responsables comme Roparz Hémon ont bénéficié de privilèges. Citons le témoignage de son ami Pierre Laurent dans son livre "Roparz Hémon : 1900- 1978 ":
"En 1947, je témoignai à son procès à Rennes. Sur la demande de sa mère j'étais allé à Westminster alerter les parlementaires gallois. Un journaliste du , Goch vint ostensiblement s'asseoir au banc des journalistes. L'interrogatoire faisait redouter le pire. Mais le bruit fut colporté jusqu'au président qu'il y avait dans la salle un émissaire du gouvernement britannique. L'audience fut interrompue et le procès reporté pour demander à Paris de nouvelles instructions. Quand il reprit, l'ambiance avait changé et le réquisitoire du ministère public fut un véritable appel. Le journaliste gallois m'avait d'ailleurs fait savoir qu'il était inutile qu'il se dérangeât. Et Roparz Hémon sortit libre du Palais de Justice".
"Nous savions depuis longtemps, et bien d'autres avec nous, que M. R. Hémon était au service de la Gestapo durant l'Occupation. Le livre de Philippe Aziz, "L'histoire secrète de la Gestapo en Bretagne", paru en 1975, nous éclaire suffisamment :
"Pendant toute la journée du 1er Août, Lainé lance ses lieutenants Péresse et Jasson à la recherche des "gours" du Bezenn afin que ceux-ci rejoignent la rue Lesage, centre de rassemblement. Il se rend à deux reprises rue Jules Ferry, au siège de la Gestapo, pour mettre au point avec Pulmer les modalités du repli et organiser les convois et les itinéraires. Le 1er août au soir, un premier contingent de trente membres du Bezenn, mélé à un groupe d'employés de la Gestapo, prend la route. Le 2 Août, le reste de la troupe suit. Il y a, outre les autres gours du Bezenn, l'imprimeur de "l'Heure bretonne"; Marcel Guieysse, sa femme et leur fille Denise, Mme Peresse et ses enfants; Roparz Hémon, fondateur de l'Institut celtique; Jos Youenou, beau-frère de Debeauvais".
A L'A.N.A.C.R des Côtes d'Armor; nous avons vivement protesté auprès de la municipalité de Guingamp en 1980 quand le centre culturel fut baptisé R. Hémon. Nos camarades du Finistère ont fait de même concernant le collège Diwan de Relecq Kerhuon. Pour nous, le nom de R. Hémon sur le fronton d'édifices publics était une insulte à la mémoire de nos camarades disparus pour la Libération de la Bretagne. Aujourd'hui, grâce à la persévérance et l'important travail de recherches de nos deux amis, Alain Prigent et Serge Tilly, la vérité enfin s'est imposée à tous. Je dois ajouter que c'est grâce aussi au mensuel "Bretagne Ile de France" qui a voulu diffuser ces documents. La publication de cette vérité historique est pour nous, anciens combattants de la Résistance, de la plus haute importance par respect pour la mémoire de nos milliers de compatriotes de Bretagne, mais aussi de France, morts sous la torture, face aux balles nazis ou disparus dans les camps de la mort.
Cette vérité doit aussi servir le peuple breton, son histoire, sa culture, sa joie de vivre dans une plus grande clarté et plus grande fraternité. Au nom de la Résistance bretonne, un grand merci à tous pour nous avoir aidé à effacer les derniers vestiges du nazisme de notre belle province.

 Jean Le Jeune
 

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