Poursuivre le combat des Résistants contre le fascisme


Réuni dans une région, le Limousin, un département, la Corrèze, qui furent des hauts-lieux de la Résistance mais aussi hélas des terres de martyre, que symbolisent tragiquement les noms de Tulle et d'Oradour-sur-Glane, le congrès national de l'ANACR s'est tenu du 10 au 12 octobre 2014 à Brive-la-Gaillarde, en cette fin d'année du 70ème anniversaire de la Libération de la France ; une libération quasi-achevée en cette fin 1944 après l'entrée de Leclerc le 23 novembre dans Strasbourg, à l'exception de la Poche de Colmar, de l'Alsace du Nord, de quelques communes dans les Alpes et des Poches de l'Atlantique, six mois avant que l'Allemagne nazie ne capitule le 8 mai 1945.
Ainsi allait prendre fin en Europe il y a soixante-dix ans un conflit qui avait ravagé presque tous les pays du continent, et qui s'était étendu en Afrique, en Asie et en Océanie, sur les océans et mers du globe, entrainant la mort de près de 65 millions de personnes, dont plus de 40 millions de civils, victimes des opérations de guerre mais aussi de politiques d'extermination génocidaire de la part de régimes barbares et criminels, tels ceux de l'Allemagne hitlérienne et du Japon militaro-fasciste, responsables avec l'Italie mussolinienne du déclenchement du conflit.
Cette victoire sur les forces allemandes et japonaises était celle des Armées alliées, au sein desquelles, aux côtés des forces américaines, soviétiques et britanniques et - en Asie - chinoises, avaient combattu des contingents canadien, australien, néo-zélandais, polonais, norvégiens, belges, néerlandais, des Français libres dès 1940 à l'appel du général de Gaulle, avant que la libération de l'Afrique du Nord ne permette de reconstituer une armée française ; laquelle prendra sa part àà la campagne d'Italie, à la libération de la Corse, au débarquement de Provence et qui, devenue la 1ère Armée, entrera le 4 mai 1945 à Berchtesgaden au «Nid d'Aigle», le repaire bavarois d'Hitler, lors de l'assaut final contre le Reich.
Cette victoire fut aussi celle des peuples, qui soutinrent l'effort de guerre allié, qui partout à travers l'Europe, y compris même pour une part dans les pays fascistes qui entrèrent en Résistance : désobéissance civile, propagande antinazie clandestine, collecte de renseignements, exfiltration d'aviateurs alliés, aide aux pourchassés politiques ou raciaux, mais aussi action armée, dont le rôle le militaire, des maquis d'Ukraine et de Biélorussie à ceux de Yougoslavie, des maquis de Pologne ou de Grèce à ceux de France, prit toute sa part au triomphe final des Alliés.
Au sortir de la guerre et de ses indicibles souffrances, les peuples - le peuple français - avaient une exigence : le châtiment des coupables de crimes contre la paix, de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, parce qu'ils en avaient été les instigateurs, les auteurs, les exécutants, les complices...

Le châtiment des criminels
Signée le 30 octobre 1943 par Churchill, Staline et Roosevelt, la «Déclaration de Moscou» précise que les «trois puissances alliées, parlant au nom et dans l'intérêt des 33 Nations Unies, proclament solennellement ce qui suit (...) : lorsqu'un armistice sera accordé à un gouvernement formé en Allemagne, quel qu'il soit, les officiers et soldats allemands et les membres du Parti nazi qui ont été responsables, ou qui ont donné leur consentement aux atrocités, massacres et exécutions dont il a été question, seront renvoyés dans les pays où ils auront perpétré leurs abominables forfaits, pour y être jugés et châtiés conformément aux lois de ces pays libérés et des gouvernements libres qui y seront formés. Des listes seront établies avec tous les détails possibles, dans chacun de ces pays, et particulièrement dans les territoires envahis de l'Union soviétique, de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de la Yougoslavie et de la Grèce (y compris la Crète et les autres îles), de la Norvège, du Danemark, de la Hollande, de la Belgique, du Luxembourg, de la France et de l'Italie.
«Ainsi les Allemands qui ont pris part aux fusillades en masse des officiers polonais, à l'exécution d'otages français, hollandais, belges, norvégiens et de paysans crétois, ou qui ont pris part aux massacres effectués en Pologne et dans les territoires de l'Union soviétique actuellement arrachés à l'ennemi, ces Allemands sauront qu'ils seront ramenés sur la scène de leurs crimes et jugés sur place par les peuples qu'ils auront martyrisés. (...). La déclaration ci-dessus ne préjuge pas du cas des criminels de guerre allemands dont les crimes ont été commis sans qu'il soit possible de les localiser géographiquement. Ceux-là seront punis par une décision commune des gouvernements alliés
«Réaffirmé lors de la conférence de Potsdam, qui réunit en août 1945 Churchill, Truman et Staline, cet objectif de châtier les «criminels de guerre allemands dont les crimes ont été commis sans qu'il soit possible de les localiser géographiquement» va conduire - par l'accord signé le 8 août 1945 par le Gouvernement Provisoire de la République Française, les Gouvernements des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de l'U.R.S.S. - à la création d'un «Tribunal Militaire International (...) pour juger et punir de façon appropriée et sans délai, les grands criminels de guerre des pays européens de l'Axe». 
Le Tribunal Militaire International - avec à sa tête 4 juges, américain, britannique, français et soviétique - se réunira de novembre 1945 à octobre 1946 à Nuremberg, haut-lieu du nazisme. Vingt-deux hauts responsables du régime nazi y seront jugés : douze - dont un par contumace (Bormann) - seront condamnés à mort, dont Goering, le 2ème ou 3ème personnage du régime, promoteur des raids aériens terroristes sur Varsovie, Rotterdam ou Coventry, Von Ribbentrop, le diplomate qui fut l'agent de la politique d'agression du Reich, Frank, le bourreau de la Pologne occupée, Seyss-Inquart, celui des Pays-Bas sous le joug, Sauckel, le négrier qui réduisit en esclavage souvent mortel des populations entières, Rosenberg, le théoricien des lois raciales ayant conduit au génocide de populations slaves, juives, rom..., et promoteur de la germanisation meurtrière de l'Est européen, Keitel, le commandant en chef de la Wehrmacht qui suscita ou approuva les crimes de guerre et contre l'humanité dont elle se rendit coupable. Sept autres, dont Rudolf Hess qui fut un temps le successeur désigné d'Hitler, Karl Dönitz qui fut le dernier chancelier du 3ème Reich et Albert Speer, le ministre de l'Armement, furent condamnés à des peines de prison, allant jusqu'à la perpétuité pour Hess ; trois furent acquittés.
Le Tribunal militaire international de Nuremberg déclara aussi «organisations criminelles» le Gouvernement du Reich à partir d'avril 1933, la hiérarchie du Parti nazi, la S.S. et le SD, la S.A., la Gestapo, l'Etat-major général et le haut-commandement des forces allemandes ; un peu plus de 5 000 personnes furent inculpées dans des procès «secondaires» spécifiques, 794 condamnées à mort, 486 exécutées.
En Asie Orientale, composé de juges des pays représentés à la signature de l'acte de reddition du Japon le 2 septembre 1945, dont la France, fut mis en place le 19 juillet 1946 un «Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient» - connu aussi sous le nom de «Tribunal de Tokyo» - pour juger les criminels de guerre japonais et devant lesquels furent déférés 28 hauts responsables civils et militaires de l'Empire nippon. Sept d'entre eux - dont le général Tojo, ancien premier ministre - furent condamnés à mort, et pendus le 23 décembre 1948. D'autres procès de criminels de guerre japonais eurent lieu ultérieurement, tel celui de Khabarovsk (URSS) en 1949 pour les auteurs de crimes de guerre biologique en Mandchourie chinoise.
Dans tous les pays d'Europe qui furent occupés par le Reich ou l'Italie fasciste, dans certains pays d'Asie conquis par les Japonais, ceux qui s'étaient mis au service des agresseurs, s'étaient faits les bourreaux de leurs peuples, eurent des comptes à rendre. Le norvégien Vidkun  Quisling, dont le nom est devenu pour l'Histoire le symbole du régime collaborateur de l'occupant nazi, le roumain Ion Antonescu, qui engagea son pays dans la guerre contre l'URSS aux côtés du Reich, le slovaque Josef Tiszo qui contribua à désagréger la Tchécoslovaquie selon les voeux d'Hitler et prit la tête d'un Etat fantoche vassal de l'Allemagne, les Français Pierre Laval, qui «souhaita la victoire de l'Allemagne» et associa les services de l'Etat français pétainiste à la déportation des Juifs et des Résistants, et Joseph Darnand, qui fut son homme de main dans la répression des patriotes français avant même d'endosser l'uniforme nazi de la SS, furent jugés et payèrent de leur vie leurs crimes.
Le Parti nazi allemand et le Parti fasciste italien et leurs organisations satellites, de jeunesse, de femmes, pseudo-syndicales ou autres furent interdits, les institutions étatiques ou paraétatiques spécifiquement fascistes démantelées, les législations liberticides abrogées. Il en sera de même pour les partis et structures fascistes des Etats alliés, satellites et vassaux de l'Axe, des pays occupés où avaient aussi été mis en place des clones de ces structures et partis.
En France, tout naturellement, les partis de la collaboration, le PPF de Doriot, le RNP de Déat, le Parti Franciste, le Front Franc et les autres groupes de la collaboration qui se sont désagrégés à l'été 1944 pendant l'insurrection nationale - certains de leurs membres et cadres suivant la Wehrmacht dans sa retraite - seront tout naturellement interdits. Ce sera aussi bien évidemment le cas de la Milice «française» de Darnand, d'autres institutions étatiques et sociales pétainistes, du Conseil National, de la Garde, de la Légion française des Combattants, de la Jeunesse de France et d'Outre-Mer... Nombre de leurs responsables auront des comptes à rendre.
Ainsi, au sortir de la Guerre, les peuples qui avaient été victimes du fascisme, celles et ceux qui dans les rangs des forces armées alliées ou dans ceux des mouvements de  Résistance avaient lutté pour l'abattre, pouvaient espérer, penser même que la bête immonde était définitivement terrassée. La réalité la plus contemporaine nous montre qu'il n'en a pas été ainsi...

Mais, hélas...
Au tout début de 2014, le 4 janvier, ont eu lieu dans un pays de l'Union européenne, l'Estonie, avec un incroyable cérémonial officiel, les obsèques d'Harald Nugiseks, qui fut membre d'une des organisations qualifiées de criminelles par le Tribunal de Nuremberg, la SS, en l'occurrence de son unité à recrutement estonien appelée 20-Waffen-Grenadier-Division der SS (estnische Nr.1). Précédé par un officier de l'armée estonienne, présentant les décorations du défunt avec au centre la Croix de Chevalier de la Croix de fer, une haute distinction militaire nazie qui fut attribuée à l'unterscharführer SS estonien le 14 avril 1944, le cercueil de Nugiseks, porté par d'autres officiers, fut salué par un détachement des différentes armes de l'armée estonienne qui tirèrent une salve d'honneur. Nugiseks avait été, pour «services rendus à son pays», fait capitaine de l'armée estonienne en 1992 au lendemain du retour de l'Estonie à l'indépendance en août 1991, et reçu le 20 octobre 2008 la «Médaille de la Reconnaissance du Peuple estonien».
Qu'ont pu penser de ces honneurs et distinctions décernés en 2014 à un ancien SS les survivants - ou parents - des anciens partisans soviétiques estoniens qui combattirent les nazis et leurs collaborateurs locaux, les rescapés et parents des Juifs estoniens restés dans le pays au moment de la conquête allemande et qui furent presqu'en totalité assassinés dès la fin 1941 par les nazis, avec le concours des fascistes estoniens, faisant ainsi de l'Estonie selon la terminologie nazie le premier territoire Judenfrei, «sans Juifs».
Dans notre pays, la France, le 25 mai 2014, un parti, le Front National, qui lors de sa création en 1972 intégra dans son Conseil National, aux côtés de Jean-Marie Le Pen, Président, deux anciens Waffen-SS français, Léon Gaultier et Pierre Bousquet, l'ancien milicien François Brigneau, Victor Barthélémy, cofondateur de la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme et Secrétaire général du Parti Populaire Français, le PPF de Doriot, qui sera secrétaire général du FN entre 1972 et 1978, Roland Gaucher, dont il fera un conseiller régional, un député européen entre 1986 et 1989, et qui était un ancien des Jeunesses du Rassemblement National Populaire, le RNP de Marcel Déat, un parti de la collaboration, le Front National, dont le président d'alors, un temps d'«honneur», si l'on peut s'exprimer ainsi, Jean-Marie Le Pen, osa dire que les chambres à gaz étaient un «point de détail de l'histoire», que l'Occupation nazie en France, «n'avait pas été particulièrement inhumaine, même s'il y eut des bavures...», un parti - le Front National - dont l'actuelle présidente, Marine Le Pen, s'est affichée à travers l'Europe aux côtés de leaders des partis d'extrême-droite, et va valser à Vienne dans le bal annuel organisé par des nostalgiques du 3ème Reich, est devenu, avec près de 25 % des voix, celui qui, lors des élections européennes de 2014 s'est hissé au premier rang en France.
On devine aisément ce qu'a pu être à l'annonce de ce résultat le sentiment des anciens déportés - et des parents de ceux qui y trouvèrent la mort - pour qui les camps de concentration avec leurs chambres à gaz et crématoires n'ont pas été un «détail» de l'Histoire ou le prétexte à un sinistre jeu de mots, celui des fils et filles de fusillés et massacrés par la Wehrmacht et la SS pour qui l'occupation de la France ne saurait être présentée comme douce, celui des anciennes Résistantes et anciens Résistants qui ont cru en 1945, après avoir risqué leur vie dans le combat pour la libération de la France, en avoir fini avec les idéologies racistes et liberticides... Et des sondages récents évoquent un cas de figure envisageant lors de la prochaine élection présidentielle de 2017 la possible victoire de Marine Le Pen !
Le 1er juillet 2014, s'ouvrait à Strasbourg la première session de la 8ème législature du Parlement européen, élu le 25 mai précédent dans les divers pays composant l'Union Européenne. Le doyen d'âge de cette première session a été un Grec, âgé de près de 92 ans, Manolis Glézos, dont le nom est très probablement inconnu aujourd'hui de la grande majorité de nos concitoyens mais qui ne l'était pas du Général de Gaulle, car celui-ci s'adressa personnellement en 1949 au Gouvernement grec d'alors - pro-américain et qui rassemblait des monarchistes, des ultra-conservateurs et des rescapés de la collaboration - pour qu'il n'exécute pas celui que le général qualifia de «premier Résistant d'Europe». Car Manolis Glézos était sous le coup d'une troisième condamnation à mort, la précédente, datant de 1948 - elle aussi liée à sa participation lors de la guerre civile à l'Armée démocratique issue de la Résistance - ayant de plus, selon ses «juges» de 1949, été motivée par le fait d'avoir «augmenté les difficultés du peuple grec» par son geste de 1941...
Ce geste de 1941, qui lui est alors reproché, lui avait valu sa première condamnation à mort - par contumace de la part des nazis - et date précisément de la nuit du 30 mai 1941 à Athènes, où les Allemands, entrés dans la capitale grecque le 27 avril précédent, avaient hissé sur le toit du Parthénon, au sommet de l'Acropole, le drapeau nazi, symbole de leur victoire et de leur domination sur une ville et un pays qui furent le berceau de la démocratie.
Mais, le 31 mai 1941 au matin, les Athéniens purent constater que le drapeau nazi avait disparu et été remplacé par le drapeau grec flottant à nouveau au sommet de l'Acropole : dans la nuit, Manolis Glézos, alors âgé de 19 ans, et son ami Apostolos (Lakis) Sandas, âgé de 25 ans, avaient gagné par un escalier antique le sommet de l'Acropole puis le toit du Parthénon, substituant à l'emblème qui le souillait le drapeau national. Un geste qui eut un retentissement dépassant les murs de la ville et les frontières de la Grèce.
Gracié, libéré en 1954, Manolis Glézos fut à nouveau arrêté en 1958 et emprisonné jusqu'en 1962, puis à nouveau incarcéré de 1967 à 1971 par le régime fasciste «des colonels», avant de connaître trois ans d'exil et de pouvoir rentrer en 1974 en Grèce ; où il n'a cessé jusqu'à nos jours de poursuivre son combat antifasciste et démocratique.
Probablement seul ancien Résistant au nazisme présent au sein du Parlement européen, Manolis Glezos a dû croiser le 1er juillet 2014 dans les couloirs et l'hémicycle du Parlement de Strasbourg trois élus du parti néo-nazi «Aube Dorée», membres de la représentation grecque... Sans parler de l'élu néo-nazi du NPD allemand et de quelques autres s'y apparentant.
Qu'a pu ressentir Manolis Glezos en étant obligé d'avoir à côtoyer - plus de 70 ans après son geste héroïque entré dans l'Histoire - des hommes s'inspirant sans pudeur de l'idéologie de ceux qui le condamnèrent à mort et qui martyrisèrent le peuple grec ?
En Hongrie, pays de l'Union Européenne, a été inaugurée à Budapest le 3 novembre 2013 une statue de l'amiral Horthy, le dictateur fasciste du pays, qui fut l'allié d'Hitler en participant à ses agressions contre la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et l'Union Soviétique et contribua au génocide de plus d'un demi-million de Juifs hongrois. La cérémonie avait été organisée par le parti néofasciste Jobbik qui, ayant obtenu 20,54% des suffrages aux élections du 6 avril 2014, dispose aujourd'hui de 23 députés au Parlement hongrois et depuis le 25 mai dernier de 3 députés au Parlement européen ; le Jobbik, dont l'un des dirigeants, Marton Gyongosi, demandait en 2012 l'établissement d'une liste de citoyens d'ascendance juive...Précédemment, en avril de cette même année 2012, la place de la Liberté à Gyömrö, localité près de l'aéroport de la capitale, avait été rebaptisée «place Horthy»... Tandis qu'une fête, patronnée par des membres du parti Fidesz de l'actuel Premier ministre, Viktor Orban, était organisée à Budapest pour récolter des fonds pour une statue équestre de l'amiral...
En Slovaquie et en Roumanie, pays de l'Union européenne, des voix s'élèvent pour rendre hommage aux dictateurs Tiso et Antonesco, dont les régimes prirent part à la guerre contre l'URSS et au génocide des Juifs. En Lettonie, autre pays de l'Union européenne, où  de juin 1941 à 1945, 70000 Juifs lettons et 2000 Tsiganes furent exterminés avec le concours de collaborateurs locaux, une marche annuelle rassemble, le 16 mars à Riga, d'anciens membres lettons des 15ème («Lettland») et 19ème («Lettische n°2») divisions de Waffen-Grenadier SS ; auxquels l'actuel chef de l'état letton, Andris Berzins, a appelé à«rendre hommage», «cette tradition ne doit pas être ignorée» a-t-il ajouté.
Au début 2013, le 27 janvier, en Italie voisine, Berlusconi, Président du Conseil à trois reprises, dont la dernière fois de mai 2008 à novembre 2011, n'hésita pas à dire que Mussolini «a fait de bonnes choses dans tant de domaines», faisant en quelque sorte écho au défunt politicien autrichien Jorg Haider qui vanta la «politique de l'emploi de Hitler». En Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Norvège, des formations politiques xénophobes, dont certaines des racines remontent aux partis collaborateurs de l'occupant ont obtenu lors des récents scrutins, des scores qui en font désormais des acteurs notables de la vie politique de leurs pays et donc de l'Europe.
Une question doit tarauder les anciens combattants de la Résistance contre le fascisme, les rescapés des camps de concentration, les familles de celles et ceux qui furent les victimes de la barbarie fasciste et nazie : comment tout cela est-il possible en 2014 ? C'est là une question qui doit tous - quelle que soit notre génération - nous interpeller !

Le fascisme n'a pas été totalement éradiqué en 1945
Tout d'abord, bien que par leur écrasement militaire soient disparus les principaux régimes fascistes, l'éradication du fascisme, contrairement à ce que l'on a pu penser alors, n'a pas été totale en 1945...
En Europe, Franco, arrivé au pouvoir après un soulèvement militaire en 1936 contre la République, victorieux en 1939 en ayant reçu l'aide militaire directe et massive d'Hitler et de Mussolini, a instauré en Espagne une dictature sanglante : selon les chiffres obtenus par le Consul de Grande-Bretagne à Malaga, les franquistes auront entre septembre 1937 et août 1944 exécuté dans la ville et ses environs plus de 19 000 personnes... A la fin 1944, ce sont plus de 100 000 Républicains qui auront déjà été assassinés. Des centaines de milliers d'autres sont internés, pour de longues années et dans de très dures conditions, dans quelques 180 camps ; dont l'un des plus connus fut celui de Miranda del Ebro, car y furent internés nombre de Français fuyant la France occupée et tentant de rejoindre l'Angleterre puis l'Afrique du Nord à travers l'Espagne.
Pendant la guerre, Franco envoya une division de 17 000 hommes officiellement «volontaires», la division «Azul», combattre - intégrée à la Wehrmacht - sur le front est, participant notamment au siège de Leningrad ; au total, 50 000 Espagnols auront combattu entre octobre 1941 et 1943 dans ses rangs. Mais, le Caudillo aura l'habileté de ne pas céder aux demandes d'Hitler d'entrer en guerre contre les Alliés occidentaux, notamment en s'attaquant à Gibraltar, et de se positionner dans la «non-belligérance».
A l'automne 1944, la libération de la France étant - à l'exception du Nord-Est et des Poches de l'Atlantique - pour l'essentiel achevée, plusieurs milliers de guérilleros républicains espagnols qui y ont pris une part active, dans le Sud-Ouest, le Centre et les Alpes notamment, rassemblés dans l'Union Nacional Española, l'U.N.E., vont tenter entre le 3 et le 27 octobre de pénétrer en Espagne à travers les Pyrénées, et d'installer dans le Val d'Aran un gouvernement démocratique espagnol, espérant l'appui d'un soulèvement populaire dans le Pays ; celui-ci, dans le contexte de quadrillage militaire et policier de l'Espagne par ailleurs traumatisée par la guerre civile et la répression qui s'ensuivit, n'aura pas lieu et, ne recevant aucun appui des Alliés, l'Operación Reconquista de España échouera, les Guérilleros étant ultérieurement désarmés en France.
L'Espagne ne sera pas intégrée à l'OTAN - cela n'interviendra qu'en 1982 - mais, par l'intermédiaire d'un accord bilatéral dès septembre 1953 avec les Etats-Unis, qui installent quatre bases militaires dans le pays, elle sera associée au système de défense occidental. Ainsi, le compère d'Hitler et Mussolini, Franco restera encore en place avec la complaisance des pays occidentaux jusqu'en 1975.
Pendant cette période, son régime criminel continuera à tuer encore à de nombreuses reprises, de Cristino Garcia, colonel FFI qui participa à la libération de l'Ardèche, du Gard, de la Lozère, et à celle de NÃîmes, exécuté le 22 février 1946 avec plusieurs autres antifascistes rentrés en Espagne, à Julian Grimau, dirigeant du Parti communiste clandestin fusillé le 20 avril 1963, et à Salvador Puig i Antich, anarchiste catalan étranglé par garrot le 2 mars 1974.
Au Portugal voisin, Salazar, qui a pris le pouvoir en 1933, y a installé un régime inspiré du fascisme mussolinien, l'Estado Novo, s'appuyant sur l'Eglise, un parti unique : l'Union Nationale, et une police politique : la Polícia de Vigilância e Defesa do Estado (PVDE), créée en 1933 et qui - ayant pris en 1945 le nom de PIDE - assurera sa triste besogne jusqu'à la «Révolution des oeillets» du 25 avril 1974. Durant la Guerre civile espagnole, Salazar ouvrit ses ports et ses frontières au transit d'armes allemandes et italiennes à destination des troupes franquistes, leur apportant ainsi une aide décisive ; de plus, plusieurs milliers de «volontaires portugais» - les «Viriatos» - furent envoyés combattre dans les rangs franquistes.
Pendant la Guerre, le Portugal adopta tout d'abord une position de neutralité qui s'infléchira quand il apparut que le sort des armes penchait en faveur des Alliés, ayant débarqué en Afrique du Nord en novembre 1942. Ainsi, cela conduira Salazar à permettre en août 1943 l'installation d'une base militaire alliée aux Açores afin de surveiller l'Atlantique dans la lutte contre les sous-marins allemands, sans pour autant le dissuader d'envoyer à Berlin le 4 mai 1945 un télégramme de condoléances pour la mort d'Hitler, de faire mettre les drapeaux en berne et de décréter une demi-journée de deuil national.
Quatre ans plus tard, le Portugal, dont le régime fasciste restera en place encore près de trente ans, sera le 4 avril 1949 - avec notamment la France - un des membres fondateurs de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, l'OTAN, censée assurer la défense de l'auto-désigné «Monde libre» face à l'Union Soviétique et aux «démocraties - dites - populaires» d'Europe de l'Est.

En Extrême-Orient, l'Empereur Hiro-Hito, clé de voute du système militaro-fasciste nippon et à ce titre principal responsable de ses crimes en Chine, en Malaisie, en Birmanie, en Indochine, en actuelle Indonésie et aux Philippines, ne sera pas inquiété ; ni même officiellement mis en cause. Il mourra empereur dans son lit le 7 janvier 1989...
 

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