Combats de la Résistance: le rôle de la Résistance dans la Libération

Editions France d'Abord
Texte paru dans le Journal de la Résistance
nos 1041 à 1044 de mai, juin, juillet, août 1994
I 

LES DEBARQUEMENTS ALLIES ET LA RESISTANCE

Le débarquement allié en France, tant espéré, tant attendu, avait donné lieu à de très minutieuses études préparatoires, par exemple à l'analyse des terres littorales depuis le Pas-de-Calais jusqu'aux Landes par des membres de commandos britanniques débarqués nuitamment par sous-marins, procédant quelques fois à des prélèvements de terre, de sable, de vase... à quelques mètres de sentinelles allemandes faisant les cent pas devant le "mur de l'Atlantique".(1)

De vastes opérations d'intoxication avaient été lancées pour entretenir le doute au sein du commandement allemand sur le lieu du débarquement principal : Nord de la Manche ou Basse-Normandie, ou Bretagne-Sud, ou Landes ou Languedoc... Même après le débarquement, ce commandement crut à un autre dans le Pas-de-Calais.


Un chef d'oeuvre de logistique

Les problèmes posés par une telle opération étaient d'une ampleur considérable. Les Allemands disposaient en France de 60 divisions, dont seulement 15 étaient opératives et à effectifs complets; mais 9 de leurs divisons blindées, auxquelles s'ajoutait une division de grenadiers S.S, étaient parmi les meilleures et les plus entraînées. Trois d'entre elles étaient embossées en des garnisons leur permettant, théoriquement, de se rendre rapidement sur le lieu du débarquement, quel qu'il soit. Les alliés, eux, avant rassemblé en Grande-Bretagne 40 divisions qui, pour l'essentiel, n'avaient jamais reçu le baptême du feu. Mais 7 divisions seulement pouvaient être jetées dans la première vague - la vague dont tout dépendait - sur la Basse-Normandie, par mer ou par les airs. C'est elles seules qui pouvaient constituer la tête de pont où viendraient débarquer les autres.
Après un mois de mai parfaitement beau, la décision fut prise de débarquer le 5 juin. La raison tenait au fait que les 5 et 6 juin de grandes marées permettraient de faire atterrir les barges le plus bas possible, donc au-dessous des "asperges de Rommel". Malheureusement, les conditions météorologiques se détériorèrent par deux fois, un capitaine météorologue, nommé Stagg, eut littéralement en mains le sort de l'opération. D'abord, le 4 juin à 4h15, alors que les premiers navires sont déjà en mer, il annonce que vers 9 h l'ouragan va se déchaîner. Eisenhower lui fait confiance et rappelle les navires. A 10 h, la tempête est là. Heures d'angoisse. Le soir, Stagg annonce que l'anticyclone des Açores vient améliorer passagèrement le temps sur la Manche. Eisenhower et Montgomery sont partisans de lancer l'opération le 6 juin. Pas question d'attendre les prochaines grandes marées : alors qu'un million d'hommes connaissaient depuis la veille les objectifs, il eut été impossible de conserver de façon certaine le secret. L'opération fut donc lancée, bénéficiant d'ailleurs de la tempête de la veille, tellement forte que la Marine allemande n'avait pas procédé à ses patrouilles habituelles en baie de Seine, c'est à dire entre le Havre et Cherbourg ! Un débarquement était par ce temps tellement improbable que le maréchal Rommel était parti en permission... On connaît les forces lancées vers le Calvados et le sud-est du Cotentin : 4266 bateaux de transport, 722 navires de guerre, 12 654 avions. (Plus d'un bateau tous les 10 m sur plus de 40 km de front!). En avant-garde, 3 divisions parachutistes : une britannique à l'est de Caen et 2 américaines au sud du Cotentin. Débarquèrent ensuite les troupes terrestres : 2 divisions britanniques encadrant une division canadienne au nord de Caen, une division américaine à Saint-Laurent-sur-Mer et une autre à Sainte-Marie-du-Mont; L'anecdote dramatique du parachutiste demeuré accroché au clocher de Sainte-Mère l'église fait quelquefois encore dire que le débarquement eut lieu sur le territoire de cette commune... qui n'est pas en bord de mer ! C'est Sainte-Marie-du-Mont qui fut la célèbre Utah Beach). Il convient de dire que parmi les troupes débarquées se trouvait le commando de fusilliers-marins français du commandant Kieffer (les "Bérets Verts"), et d'ajouter que la flotte alliée comprenait aussi des bâtiments des Forces Navales Françaises Libres : 2 croiseurs, 1 torpilleur, 4 frégates, 4 corvettes, 1 flottille de vedettes rapides, le tout au commandement de l'amiral Jaujard. Sous diverses formes (terre,air ou mer) participèrent également aux opérations des volontaires belges, hollandais, polonais, norvégiens, danois, luxembourgeois... La mise en oeuvre de masses aussi énormes d'hommes et de matériels constitua, de la part de l'Etat-Major suprême interallié, un chef d'oeuvre sans précédent de logistique.

 
Maquisard et soldat américain

La bataille des plages et la Résistance

Pendant fort longtemps, nous étions peu nombreux à évoquer le rôle de la Résistance dans le succès du débarquement. Même si les plus importants chefs alliés s'étaient exprimés, journalistes et historiens français les citaient peu. il semble qu'en ce cinquantième anniversaire ce rôle constitue pour certains une découverte... C'est pourquoi le 15 mars 1994 nous avons beaucoup apprécié que, lors de la cérémonie consacrée au cinquantième anniversaire du Programme du C.N.R, Maurice Schumann, évoquant sa rencontre avec Georges Bidault en l'Hôtel de Ville de Paris, le jour de la Libération (et rappelant qu'ils avaient pris position ensemble dans le journal "l'Aube" contre la capitulation de Münich) ajouta: "Je ne m' éloignai pas sans avoir dit à Bidault que-selon le témoignage du commandement allié-le succès de la bataille de France, et d'abord de la bataille des plages, aurait été aléatoire, peut-être même impossible sans le concours de la Résistance française". Dans la préface qu'il donne à un album consacré au 6 juin, il répète: "L'issue de la bataille des plages aurait été pour le moins incertaine si la Résistance française n'avait pas apporté un concours décisif au commandement allié".(2)
Les alliés n'avaient guère compté sur la Résistance. L'historiographe britannique officiel , John Ehrmann, dont l'ouvrage publié par l'Office d'Editions de Sa Majesté a pour titre: "Grand Strategy", a écrit de la Résistance : "A aucun moment on ne lui accorda une première priorité parmi les mouvements européens en Europe". celui du Pentagone, l'Américain Forest G. Pogge a révélé que le premier mémoire du commandement suprême sur la préparation du débarquement contenait cette phrase : "L'assistance aux groupes de la Résistance doit être considéré comme un supplément plus que comme une partie essentielle du plan". Le Premier ministre Winston Churchill avait confié au commandant en chef Eisenhower:"Si nous prenions Paris pour Noël , ce serait la plus grande opération militaire de tous les temps". Eisenhower lui-même témoigne: "Jamais, à l'époque, je n'ai entendu prédire que cette guerre pourrait être terminée en moins de 2 ans". (3) Or, la guerre ne se terminera pas en juin 1946 mais en mai 1945. Et Paris n'avait pas été libéré à Noël 1944, mais fin août. Certes, 250 divisions allemandes étaient engagées dans l'immense bataille défensive menée à l'Est depuis février 1943, l'armée soviétique ayant repris la totalité de son territoire, mais cela ne rendait pas obligatoire le succès du débarquement à l'ouest. Or ce débarquement réussit, et la tête de pont, en trois mois, couvrait la quasi-totalité de la France et de la Belgique. Pourquoi ? La réponse a été donnée sous diverses formes par les principaux chefs alliés eux-mêmes. Le Général Eisenhower a un jour évalué l'appoint de la Résistance comme l'équivalent de 15 divisions supplémentaires. Le compliment n'était pas mince mais forcément approximatif. D'après une déclaration faite par le général, en juillet 1968, à l'historien américain Funk (4), il semble qu'il s'agisse du nombre des divisions américaines qui auraient été immobilisées si les troupes débarquées avaient eu à défendre leur flanc droit, dégarni, de Nantes à Metz. Or ce flanc était protégé par la Résistance et par les troupes débarquées en Provence le 15 août; troupes qui, sous le commandement du général de Lattre de Tassigny, progressèrent à marche forcée grâce à la Résistance. L'appréciation la plus nette est probablement celle que donna, dans une conférence de presse du 19 mars 1946, le général Marshall, chef d'Etat-Major des armées américaines aussi bien d'Europe que du Pacifique : "La Résistance a dépassé toutes nos prévisions. C'est elle qui, en retardant l'arrivée des renforts allemands et en empêchant le regroupement des divisions ennemies à l'intérieur, a assuré le succès de nos débarquement. Sans vos troupes du maquis, tout était compromis"


(1) Gilles Perrault : "Les Secrets du Jour J"
(2) "6 juin 1944", de Jerôme Camilly-Editions du Cherche-Midi
(3) Conférence de Presse du 15 octobre 1960
(4) Arthur L. Funk-Université de Floride : "Considération stratégique de l'invasion du sud de la France".

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